Cette histoire fut montée en épingle par certains... je profite du nouvel intérêt porté à cette histoire pour publier sur ce site les résultats de cette enquète
Voici le texte intégral recopié ci-dessous ( 1ère partie ) :
UN SIMPLE CRIME
- Quelques lignes dans un journal local :
« Le petit village de Coustaussa situé à 3 kilomètres de Couiza a été dans la nuit de dimanche à lundi [1] le théâtre d’un crime épouvantable… …Monsieur Antoine GELIS, curé de la commune [2], a été retrouvé le matin assassiné dans sa cuisine avec un gros marteau ou un bâton…
… des tâches de sang se voient sur les meubles, les murs et le plafond, lui même ( sic ).
… le parquet de Limoux et la gendarmerie de Couiza et Saint-Hilaire ont procédés aux premières constatations…
… d’une première enquête, il semble que le crime doit être attribué à deux chemineaux que l’on a vu dimanche roder dans le pays et paraissant âgé de 55 ans pour l’un et de 45 ans pour l’autre. Les malfaiteurs auraient pénétrés dans le presbytère pour voler 2 ciboires et quelque argent…
Selon d’autres sources, aucun vol n’aurait été commis…
A l’heure qu’il est aucune arrestation n’a été opéré. Les gendarmes de Perpignan cernent la frontière… »
Voilà comment les habitants de Limoux et plus tard ceux de Carcassonne ont appris le meurtre de l’abbé Gélis en lisant le « Courrier de l’Aude » [3]
D’aucuns ne pouvaient douter que ce crime somme toute banal et d’apparence crapuleuse allait défrayer la chronique et qu’il serait encore évoquer plus de cent ans plus tard dans ce que les amateurs de mystère ont considéré comme l’épisode macabre de « l’énigme de Rennes le Château » qui relate la vie de trois braves curés de campagne dans le département de l’Aude à la fin du XIXème siécle ; le premier et le plus connu est l’abbé SAUNIERE [4], curé de la paroisse de Rennes le Château, le second est l’abbé BOUDET [5], curé de la paroisse de Rennes les bains et le troisième le plus âgé est l’abbé GELIS, la victime de ce crime sanguinaire.
- Les constations d’usage :
En fouillant dans les archives départementales de l’Hérault et de l’Aude, on apprend que l’enquête commence dés le 2 novembre 1897 et qu’elle est menée par le juge de paix PUGENS. Il confie les premiers éléments dont le rapport des constations d’usage ( examen très minutieux, à la Rouletabille [6] ) à Monsieur Raymond JEAN juge d’instruction à Limoux et au parquet de l’Aude…
Voici la copie exacte du début du constat telle qu’elle a été recopiée par le greffier du juge d’instruction [7] :
« La victime a été assassinée dans la cuisine du presbytère au rez-de-chaussée à gauche du couloir qui mène au premier étage. L’abbé était normalement habillé : soutane, chaussons à sabots, cache-nez noir et grecque [8] sur la tête.
Il a reçu quelqu’un à une heure indéterminée de la nuit. Sa montre arrêtée, mais cela ne prouve rien, indique 12H15 [9].
La cuisine a une cheminée au bord de laquelle le prêtre s’est assis dans un de ces fauteuils languedociens. L’assassin, comme au cours d’une conversation s’approche du prêtre, se glisse dans le dos du fauteuil et du grand paravent qui le borde. Et brusquement, sauvagement frappé avec les pincettes à feu sur la tête à gauche par derrière, plusieurs fois du sang gicle sur les mains de Gélis crispés sur les bras du fauteuil [10]
Le malheureux vieillard a la force de se lever, de contourner une table entre lui et la fenêtre de la rue.
Là est le salut, mais l’assassin le poursuit cette fois avec une hachette et l’achève.
Il y a du sang partout jusqu’au plafond, le crime est apparemment bestial, irréfléchi pourtant cet acte ne semble pas avoir été commis par un fou irréfléchi.
Les précautions prises démontrent une présence d’esprit incroyable. La cuisine après un tel saccage est retrouvée dans un ordre parfait. Aucun meuble n’est renversé, le meurtrier a su éviter 3 grandes flaques de sang [11]. Aucune trace à l’extérieur.
A l’étage, dans la chambre de l’abbé, deux gouttelettes de sang minuscules attestent du passage de l’assassin qui a laissé sans la moindre empreinte sanglante, force la serrure d’un sac de voyage qui contient divers papiers et documents appartenant au prêtre.
L’assassin a ouvert le sac, non pour la voler, mais pour y chercher quelque chose. Dans le bureau du prêtre on retrouve 683 FF en or et en billet. Dans sa commode 106,90 F : le bonni de l’année 1897 comme le carnet de compte le démontre… »
Pour résumer la fin de ce rapport, le juge fera deux autres constations qui feront couler beaucoup d’encre par la suite : le cadavre a été rangé vers le centre de la pièce sur le dos, la tête et la figure dans une position normale, les mains ramenées sur la poitrine comme un gisant. Le lit du prêtre est défait [12]
Pour la deuxième constatation, reprenons le texte du rapport :
« Dans ce drame sanglant commis sans motif apparent, nous n’avons qu’un « témoin muet » : alors que l’abbé GELIS ne fume pas et déteste les fumeurs, flotte dans la deuxième flaque de sang, celle de l’hallali près de la fenêtre un carnet entier de papier à cigarette de marque « le Tzar » presque intact, sur l’une des feuilles auquelle (sic) une main peu habituée a écrire a tracé au crayon « Viva Angelina »
- Le juge mène l’enquête :
Les archives annexes de la Bibliothèque Nationale de Versailles nous permettent de connaître un peu mieux le déroulement de l’enquête menée par le juge JEAN. Pour les plus pressés, on peut découvrir le compte rendu partiel de cette enquête dans un article paru dans trois éditions successives du Midi Libre ( 4, 5 et 7 octobre 1975 ) effectué Par Julien COUDY [13], historien et Maurice NOGUE, spécialiste des monnaies anciennes…
Dés les premiers jours, la rumeur accuse Joseph PAGES époux de Françoise la nièce de L’abbé GELIS. Il a un mobile puisque son épouse doit hériter de son oncle mais elle n’est pas la seule. Moment crucial de l’enquête, Joseph PAGES sera mis sous mandat de dépôt le 13 avril 1898, soit presque 6 mois après la découverte du cadavre… Que s’est il donc passé durant toute cette période pour que le juge procède à cette arrestation ?
A suivre…
* ( Octobre 1983 )
[1] nuit entre le 31 octobre et le 1er novembre 1897
[2] « le courrier de l’Aude » est un journal radical socialiste anticlérical
[3] l’édition de LIMOUX à évoqué l’affaire la veille de l’édition de Carcassonne
[4] né le 11 avril 1852 et mort le 22 janvier 1917 d’une crise cardiaque
[5] Né le 17 novembre 1837 à Quillan, décédé le 30 mars 1915 d’un cancer de l’intestin
[6] Gaston Leroux, créateur du personnage de Rouletabille, s’intéressa à cette histoire et évoque les trois abbé du Razés au travers d’un court récit : la mansarde d’or.
[7] Visible aux archives départementales de l’Aude
[8] chapeau d’ecclésastique
[9] Il fallait remonter sa montre toutes les 24 heures
[10] Des marques de doigts ont été retrouvés sur le fauteuil
[11] Flaques qui s’étalèrent immédiatement
[12] Rien n’indique qu’il s’y était couché
[13] Auteurs de nombreux ouvrages notamment sur la chute de l’Empire Romain



