Jeanne d'Arc

Débats et discussion sur la Guerre de cent ans les Anglais, les Français, Bourguignons, Armagnac, l'entrevue de Montereau, Jehanne, Charles VI le fol...

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Re: Jeanne d'Arc

Messagede Jean R » Jeu 28 Jan 2010 17:18:51

Bonjour,

elie durel a écrit:Jeanne d’Arc n’était certainement pas une princesse.
Une fille née hors mariage d'une reine n'était de toute façon pas une princesse.

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Re: Jeanne d'Arc

Messagede elie durel » Jeu 28 Jan 2010 20:11:13

C'est vrai, mais c'est l'abus de langage qu'utilisent fréquemment les défenseurs de cette thèse afin de marquer les esprits.

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Re: Jeanne d'Arc

Messagede elie durel » Dim 31 Jan 2010 21:06:24

À la tête d'une armée d'environ 1000 hommes commandés par Gilles de Rais, Jeanne n'avait pas pour intention de participer directement à la délivrance d'Orléans. En réalité, c’est une incroyable procession des croisés qui a quitté Blois pour aller délivrer la Terre sainte de France (l'Orléanais) en redonnant la foi et la force guerrière aux soldats de l’ost royal.
Dunois, le défenseur d’Orléans est venu à la rencontre de la Pucelle pour la conduire dans la ville assiégée, elle l’a reçu sèchement en refusant d’abord de le suivre. Elle se laissa cependant convaincre et une fois dans la cité, elle s’est trouvée entraînée par la liesse populaire…et par une initiative hasardeuse de Gilles de Rais dont on peut penser qu’il a voulu éblouir par un exploit celle à laquelle il était déjà très attaché. Par son initiative et l’élan de la population, Jeanne a contribué à sortir Gilles d’une fâcheuse situation. Forte de ce succès, elle s’est impliquée dans les combats et la plupart des seigneurs de la guerre (sauf Regnault de Chartres son ennemi juré) l’ont alors acceptée.

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Re: Jeanne d'Arc

Messagede elie durel » Mar 09 Fév 2010 15:49:40

Jeanne d’Arc n’était pas la guerrière que l’on s’imagine parfois. Sa participation aux combats pour la délivrance d’Orléans a été fortuite et son rôle (important) s’est limité à encourager et à galvaniser les soldats et les habitants. Aux premiers affrontements, elle a été complètement paniquée à la vue des victimes et du carnage. Elle allait d’un blessé à l’autre qu’il soit ami ou ennemi pour le secourir.
Lorsque la Pucelle a été atteinte d’une flèche à la cuisse, c’est Gilles de Rais qui s’est empressé à son côté pour la réconforter, il n’était jamais très loin d’elle. Leur attachement mutuel était déjà certainement très fort et il a été un réel réconfort dans les épreuves qu’ils partageaient.
Toujours aussi impatiente de voir le prétendant au trône de France couronné et sacré, Jeanne avait souvent cette formule : « Il faut faire vite, car je ne tiendrai pas un an ». Certains voient là le signe d’une prémonition sur sa mort probable. En réalité, je pense qu’elle faisait état de la perte prochaine de son statut de pucelle. En effet, les jeunes filles de 13 ans (l’âge de la majorité) à 19 ans étaient couramment appelées « pucelle ». Avant son arrivée à Chinon, c’est Jeanne qui a demandé à ses compagnons de désormais l’appeler « Jeanne la Pucelle » ou plus simplement « La Pucelle ». Ayant atteint l’âge de 19 ans, elle ne pourrait plus s’en prévaloir, tout comme de sa qualité messagère de Dieu fondée sur sa sincérité et sa virginité. La maternité était pour Jeanne un mystère fascinant, elle n’avait certainement pas renoncé à enfanter. Aussi étonnant que cela puise paraître, une union avec le seigneur de Rais lui est sans doute venue à l’esprit...mais seulement une fois sa mission accomplie.
La délivrance d’Orléans a été une formidable confirmation pour la prédiction attribuée à « la pucelle venue des Marches de Lorraine » et pour sa reconnaissance comme messagère de Dieu. Le Dauphin ne s’y trompa pas. De Chinon, il vint à la rencontre de Jeanne priée de se rendre à Tours au château de Yolande d’Aragon. Pour affirmer la victoire sur les Anglais, elle prit le risque insensé d’emprunter la rive droite de la Loire (au nord) où l’ennemi était omniprésent.
Il existait trois lieux du discernement. Pour les questions religieuses : Poitiers – pour les questions politiques : Loches – pour les questions militaires : Selles-en-Berry (aujourd’hui Selles-sur-Cher).
Au grand dam de Jeanne de retour à Chinon sans Gilles resté dans l’Orléanais avec les officiers et seigneurs de la guerre pour parer à une éventuelle contre-attaque anglaise, le Dauphin se retira à Loches pour discuter politique avec ses conseillers et secrètement négocier avec les Bourguignons.
Désespérée de devoir attendre le bon vouloir du futur roi et angoissée par l’absence de Gilles de Rais, Jeanne d'Arc qui déprimait a trouvé un soutien et un réconfort en la personne du seigneur de Trêve, il fut pour elle comme un père (il avait plus de 60 ans)…

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Re: Jeanne d'Arc

Messagede Chicotte » Mer 10 Fév 2010 11:30:50

Tu l'as peut-être déjà dit, et je pourrai chercher dans mes ouvrages... (en clair, je suis une faignasse) mais quel âge avait Gilles de Rais au moment des "exploits" de Jeanne ?
Un ami, c'est quelqu'un qui te connait très bien, et qui t'aime quand même !

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Re: Jeanne d'Arc

Messagede elie durel » Mer 10 Fév 2010 12:08:49

Gilles de Rais avait environ 25 ans. Il était donc dans la force de l'âge, comme l'on dit.

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Re: Jeanne d'Arc

Messagede Jean R » Mer 10 Fév 2010 12:10:56

Chicotte a écrit:Tu l'as peut-être déjà dit, et je pourrai chercher dans mes ouvrages... (en clair, je suis une faignasse) mais quel âge avait Gilles de Rais au moment des "exploits" de Jeanne ?
Ben il suffit de demander à Wiki
http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_de_Rais Il est né en septembre ou octobre 1404 (Vierge, Balance, ou Scorpion) donc en 1429-1431 il avait...

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Re: Jeanne d'Arc

Messagede Ringo » Mer 10 Fév 2010 12:56:37

Jean R a écrit:
Chicotte a écrit:Tu l'as peut-être déjà dit, et je pourrai chercher dans mes ouvrages... (en clair, je suis une faignasse) mais quel âge avait Gilles de Rais au moment des "exploits" de Jeanne ?
Ben il suffit de demander à Wiki
http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_de_Rais Il est né en septembre ou octobre 1404 (Vierge, Balance, ou Scorpion) donc en 1429-1431 il avait...

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Re: Jeanne d'Arc

Messagede Chicotte » Mer 10 Fév 2010 17:57:38

Oui oui, ok, mais comme je vous disais, il était très tôt le matin et voilà !

Bon 25 ans donc.....

En tant que Guerrier aguerri, ce bel homme dans la force de l'âge ne s'est-il pas tout simplement pris d'affection fraternelle pour cette jeune fille de 18 ans affolée au milieu de ces soldats, machines de guerre et cadavres...... ? Bref, plus que de l,amour charnel, ne serait-ce pas plutôt fraternel, protectionniste...... ?

je m'interroge et suis interrogée par mes interrogations .......
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Re: Jeanne d'Arc

Messagede elie durel » Mer 10 Fév 2010 20:02:35

Jeanne d'Arc et Gilles de Rais ont partagé ensemble environ 14 mois de leur vie. Durant cette période, on ne peut pas parler entre eux d'un amour charnel, mais qui sait s'ils n'avaient pas eu une fin brutale.

Chicotte, vous avez raison, il s'agissait bien d'un amour fraternel. Comme titre de mon bouquin (zut ! Je vais me faire taper sur les doigts..tant pis !), j'ai choisi "Les amants du Val de Loire". Il faut prendre le terme "amant" dans son acception ancienne qui évoque le bel amour, l'amour platonique. C'était sans doute la nature de la relation réciproque entre Jeanne et Gilles qui ne s'est pas consolé de ne pas avoir pu sauver la Pucelle du bûcher.

Vous pouvez jeter un oeil sur mon site que je m'efforce de mettre à jour : http://sites.google.com/site/eliedurelauteur/

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Re: Jeanne d'Arc

Messagede elie durel » Mar 16 Fév 2010 17:24:27

Je reprends ma "narration". Nous en étions au moment où Jeanne est de retour à Chinon après la libération d'Orléans. Là, le seigneur de Trèves l'a prise sous son aile paternelle.

Il est intéressant d’évoquer le seigneur de Trèves (sa seigneurie se situait en aval de Saumur, sur la rive gauche de la Loire). Ce modeste seigneur est devenu assez puissant et influent à la cour pour avoir sauvé la vie de Charles VI et du dauphin ; en remerciement, l’un et l’autre lui ont accordé des droits de passage des marchandises dans sa seigneurie et sur la Loire, mais aussi des marchés. La seigneurie de Trêves est ainsi devenue riche.
Alors que le dauphin faisait de la politique à Loches, Jeanne s’impatientait et s’ennuyait à mourir à Chinon. Le seigneur de Trèves lui proposa de l’emmener visiter sa seigneurie.
La Pucelle connaissait déjà le Saumurois pour avoir répondu à l’invitation du couard duc d’Alençon (le chef de l’ost royal) qui avait souhaité qu’elle rencontre sa mère et sa femme dans sa propriété de Saint-Florent-les-Saumur (aujourd’hui Saint-Hilaire-Saint-Florent, commune rattachée à Saumur, où il plaque commémore le passage de Jeanne d’Arc).
Je ne peux m’empêcher d’évoquer une anecdote, dont on ne sait si elle est ou non une légende, mais qui s’inscrit bien dans l’histoire. Malgré la protection et l’attention de Gilles de Rais, la Pucelle était quelque peu « chahutée », en particulier par le tonitruant et graveleux Gascon, La Hire. Celui-ci aimait bien Jeanne et elle-même avait de la sympathie pour ce pourfendeur d’Anglais qui n’avait pas son égal. La chaste pureté de la Pucelle était souvent mise à l’épreuve par les propos crus du Gascon
Près de Gennes, un écossais de la garde de la Pucelle lui raconta que quelques années auparavant, il avait guerroyé de l’autre côté de la Loire (à Beaufort-en-Vallée) contre les Anglais, dans une armée de mercenaires écossais constituée et commandée par Yolande d’Aragon. Déjà pleine d’admiration, Jeanne demanda qu’on la conduise vers une chapelle pour qu’elle puisse se recueillir et prier pour la belle-mère du dauphin. On la conduisit vers ce qui est aujourd’hui l’abbaye de Saint-Maur. En abordant un petit village nommé à l’époque « La Couillardière », pensant sans doute aux obscénités de La Hire, elle se serait écriée : « Ah ! Quel sale village ! » En souvenir du passage de la Pucelle, La Gouillardière aurait été rebaptisée « Le Salle-Village ». Aujourd’hui, on dit communément Le Sale (en aval de Gennes). Légende ou pas, cette anecdote locale traduit d’une certaine façon ce qu’a pu être la situation de cette jeune fille au milieu d’hommes qui n’étaient pas des enfants de chœur.
Pour resté sur le côté légendaire, j’ai déjà parlé de cette hypothèse selon laquelle Jeanne d’Arc aurait été la fille bâtarde d’Isabeau de Bavière (ce que je ne crois absolument pas et je m’en suis expliqué). Les partisans de cette théorie considèrent que l’acte d’anoblissement de Jeanne est un faux, car il en existe deux ou trois versions qui ne sont pas strictement identiques. Il est un fait que le lieu où étaient conservées les lettres d’anoblissement a été détruit par un incendie. Il a donc été demandé aux bénéficiaires de fournir une ou plusieurs copies de leur exemplaire : à l’époque il n’y avait pas de photocopieuses…
De mon point de vue, la mention de la présence du seigneur de Trèves sur la lettre d’anoblissement de Jeanne d’Arc et de sa famille est un élément qui en authentifie absolument l’existence.

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Re: Jeanne d'Arc

Messagede elie durel » Mer 24 Fév 2010 16:30:10

De retour à Chinon après sa visite de la seigneurie de Trêves, Jeanne d’Arc n’en peut plus d’attendre. Elle décide d’aller relancer le dauphin toujours en discernement politique à Loches. Elle est d’autant plus pressée que des nouvelles alarmantes lui arrivent de l’Orléanais : les Anglais se prépareraient à franchir la Loire.
Le dauphin finit par convoquer ses officiers à Selles-en-Berry (Selles-sur-Cher) pour un discernement militaire cette fois. La Pucelle va hâter les choses pour marcher sur l’Orléanais. À ce moment-là, on peut dire qu’elle a pris l’ascendant sur le chef de l’ost, le duc d’Alençon et qu’elle est acceptée comme chef de guerre.
Par la prise des ponts sur la Loire tenus par les Anglais, les victoires se succèdent.
En réalité, convaincus de leur supériorité les Anglais effectuent un repli stratégique au nord d’Orléans pour provoquer et affronter les troupes françaises dans la plaine de la Beauce. C’était sans compter sur l’ingéniosité de Gilles de Rais et sur l’effet galvanisant de la présence de Jeanne d’Arc sur les soldats français de plus en plus confiants.
Gilles de Rais parvint à convaincre la chevalerie française de l’intérêt d’utiliser les bombardes et de petits canons portés par des cavaliers pour mitrailler les premières lignes archers anglais. L’effet de surprise aidant, la débandade fut totale dans les rangs anglais. La victorieuse bataille de Patay fut une extraordinaire revanche française sur Azincourt (où le père du duc d’Alençon fut tué).
Cette fois, le sacre du dauphin devenait possible, mais Jeanne dut encore batailler pour le convaincre avec l’appui de Yolande d’Aragon.

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Re: Jeanne d'Arc

Messagede elie durel » Lun 08 Mar 2010 12:51:45

Comme il l'avait fait à la suite de la délivrance d'Orléans, le dauphin, alors à Giens, est venu à la rencontre de Jeanne d'Arc, après l'éclatante victoire de Patay qui lui ouvraient les portes du sacre. Environ à mi-chemin entre Giens et Orléans, le futur roi et la Pucelle se sont retrouvés.
Parmi les faits historiques admis, il est fait état d'une baignade en Loire que Jeanne et Gilles auraient partagée. Le romancier Michel Ragon situe cette baignade au niveau de Champtocé (là où est né Gilles de Rais), ce qui est historiquement improbable. Mes recherches me laissent à penser que cette scène s'est en réalité passée juste avant les retrouvailles avec le dauphin qui ont fait l'objet d'un repas festif en plein air au bord de la Loire.
Une fois encore, je ne résiste pas à relater une anectote dont personne ne peut dire si elle est réelle ou légendaire ; en tout état de cause, elle est plausible.
A son départ de Vaucouleur, Jeanne s'était muni d'un bâton de cavalier dont elle ne se séparait jamais. A la table du dauphin, elle avait en face d'elle le tonitruant Gascon La Hire qui n'arrêtait pas de raconter des histoires salaces. Excédée, La Pucelle se serait écriée : "La Hire, je vous en conjure, arrêtez ou je vous donne de mon bâton". Ce à quoi l'interpelé répondit : "Jeanne, Jeanne, sur mon bâton je le promets, j'arrête". A chacun d'interprêter à quel bâton faisait allusion le grivois personnage que Jeanne aimait bien malgré tout.

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Re: Jeanne d'Arc

Messagede elie durel » Sam 13 Mar 2010 19:49:31

Il faut tordre le cou à cette légende qui voudrait que Jeanne d’Arc fût une "princesse" (fille bâtarde d’Isabeau de Bavière). Cette légende a été relancée il y a quelques décennies par le prince Michel de Grèce, apparenté à la Famille de France (et plus récemment par le livre de deux journalistes). Considéré comme un historien, Michel de Gèce n’a pas été trop contesté par ses paires (d’où la ténacité de cette hypothèse) au motif qu’il devait avoir des preuves pour avancer cela, mais qu’il ne les produirait pas, car elles feraient partie des secrets de la Famille de France (facile !). L’on connaît suffisamment de choses fiables sur Jeanne d’Arc pour affirmer que cela est faux. Colette Beaume, la spécialiste de la Pucelle, s’est encore récemment insurgée (à la suite d'une émission télévisée) contre cette imposture. Je livre une explication sur cette légende, car dans toute légende il y a souvent une partie de vérité, aussi infime soit-elle.
Jeanne d’Arc est issue d’une famille modeste, mais suffisamment aisée pour qu’elle puisse faire la charité. Cette possibilité alliée à une facilité naturelle de se porter vers les miséreux et les nécessiteux pour les réconforter et les cajoler ont fait sa réputation. C’est ainsi qu’elle a été remarquée par René d’Anjou et sa mère Yolande d’Aragon.
À l’époque la religion était omniprésente et régissait tout (tant les âmes que les faits et gestes). Jeanne avait une foi profonde et sincère avec une relation directe à Dieu : elle était contre l’Église et anticléricale. Pour elle, un religieux devait être plus pauvre que les pauvres, ce qui n’était très généralement pas le cas. À cet égard, elle vénérait le moine Pasquerel (son cousin) qui avait fait vœu de pauvreté. Il a joué un rôle très important dans l’épopée de la Pucelle, au moins au début. Jeanne a eu une éducation religieuse très poussée par ce cousin, sa mère Isabelle et sa grand-mère surnommée la Romée pour avoir fait un pèlerinage à Rome. Elle avait une véritable utopie (conception imaginaire d’un gouvernement idéal) en souhaitant l’instauration sur Terre d’un gouvernement semblable à celui du Ciel où règne la paix, la concorde et la justice. De là découle naturellement son obsession de voir le dauphin sacré afin qu’il soit investi de pouvoirs divins pour mettre un terme au chaos et à la misère. Cette utopie ne faisait pas de Jeanne une « illuminée » (Voltaire l’a proprement éreintée en la considérant comme folle) et il ne faut pas exagérer sa propension à entendre des voix qui l’auraient guidée. Elle avait suffisamment d’intelligence et de bon sens pour se déterminer elle-même et se laisser judicieusement conseiller. D’ailleurs, lorsque l’on étudie les quelques propos qu’on lui prête, on remarque qu’avant sa reconnaissance comme messagère de Dieu à Poitiers elle fait souvent référence à lui et qu’ensuite elle s’implique et s’impose par elle-même. Consciente de son manque de pouvoir lié à son rang et à son état de fille, elle s’est, au début, systématiquement prévalue de Dieu, ce qui était très adroit.
Jeanne vénérait l’archange Michel, le protecteur des rois de France et Jésus, le chef des armées du ciel. Il est assez probable qu’elle ait vu en Gilles de Rais l’incarnation de l’archange Michel. Pour la jeune fille qu’il a subjuguée, il en avait, au moins en apparence, certaines caractéristiques. En plus, c’était un homme en souffrance psychologique et affective et Jeanne l’a compris. Elle a su lui gagner sa confiance et lui apporter une certaine paix intérieure.

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Re: Jeanne d'Arc

Messagede elie durel » Mer 17 Mar 2010 19:27:15

Comment la pucelle de Domrémy a-t-elle pu rencontrer le futur roi de France et se lier au plus puissant féodal de l'époque ? Cette interrogation est à l'origine de la contre-vérité sur sa naissance. Jeanne d'Arc n'était ni la pauvre bergère des images d'Epinal, ni la fille bâtarde d'Isabeau de Bavière. Elle est issue d'une famille de la petite bourgeoisie, pourrait-on dire. Elle réalité, elle a été "inventée" et "instrumentalisée" par Yolande d'Aragon avec l'aide de son fils René.
La réputation de Jeanne qui faisait le bien et la charité autour d'elle dans l'enclave française restée fidèle au dauphin est parvenue à la cour du duc de Lorraine. Marié à la fille de ce dernier, le jeune René d'Anjou, alors grand-maître de l'Ordre de Sion, rencontra secrètement la jeune fille à deux ou trois reprises. Il parla d'elle avec sa mère, Yolande d'Aragon, la belle-mère du dauphin et la régente de fait. Yolande désespérait de son gendre apathique qui n'avait rien d'un guerrier alors qu’elle avait elle-même monté une armée de mercenaires écossais pour combattre les Anglais à Beaufort-en-Vallée (ils s'approchaient un peu trop des terres de la reine d'Anjou). Elle cherchait le moyen de redonner la foi (dans tous les sens du terme) à son gendre anéanti par sa bâtardise (c’est du moins la rumeur qu’avait répandu sa mère, Isabeau de Bavière), mais aussi d’affermir les soldats de l’ost royal découragés par la supériorité anglaise.. L'idée de faire intervenir un(e) prédicateur(rice) pour lui apporter la bonne parole n'était pas assez crédible. Les prédispositions et l'utopie de Jeanne pouvaient sans doute en faire une messagère de Dieu, c’est ce qui fut fait.
De retour de Nancy (après avoir rencontré l'empereur du Luxembourg , l’empereur du Saint-Empire), par ses gens Yolande fit répandre la nouvelle de la venue d'une pucelle (dénomination courante à l'époque pour les jeunes filles de 13 à 19 ans) des marches de Lorraine et elle prépara soigneusement son arrivée à la cour de Chinon.
Avant d'être autorisée à prendre la route de France, Jeanne a subi quelques épreuves et le fait de parvenir à Chinon escortée d'une demi-douzaine d'hommes seulement allait déjà constituer un exploit, pour ne pas dire un miracle.
La nouvelle de sa venue sera particulièrement répandue dans l'Orléanais, car les habitants étaient sur le point de livrer la ville aux Anglais. Orléans prise, le petit royaume de Bourges sur lequel le dauphin gardait son l'influence était condamné.
Par son intelligence, son sens de la répartie, son audace et il faut bien le dire sa foi, Jeanne d'Arc fera sensation à la cour après un accueil plutôt goguenard. Mais elle dut subir d'autres épreuves, en particulier celle de cohabiter avec le pervers et phallocrate Gilles de Rais. La perfide Yolande d'Aragon demanda au dauphin de désigner ce dernier comme "protecteur" de Jeanne. C'est ainsi qu'ils partagèrent à Poitiers le même logement durant le procès en reconnaissance de la Pucelle. Déjà intéressé par sa réputation de faiseuse de miracles, mais sans doute aussi par son physique, le grand seigneur va tomber sous le charme de la modeste pucelle. Par son refus de se plier à l’autorité (ce qui n’était pas rien pour une fille), elle va plaire à cet homme qui n’en accepte aucune. Et puis, la révélation qu’elle n’a pas les « flux sanglants » comme la grande majorité des femmes va finir de subjuguer le grand seigneur. Il se montrera, contrairement aux autres seigneurs de la guerre, d’une grande correction et d’une fidélité indéfectible à l’égard de la Pucelle.
En plaçant Jeanne dans l’intimité de Gilles, Yolande d’Aragon avait fait un pari qui était un nouveau test : la pucelle de Lorraine sortirait-elle vierge ? Lorsque les « ventrières » conclurent à la virginité de la jeune fille, Yolande douta. Elle demanda un autre examen auquel elle participa. Il confirma le premier. À partir de là, Jeanne d’Arc fut effectivement reconnue comme messagère de Dieu. Dès lors, elle aura moins besoin de l’invoquer à tout propos et elle s’engagera plus personnellement dans l’action.

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