Je reprends ma "narration". Nous en étions au moment où Jeanne est de retour à Chinon après la libération d'Orléans. Là, le seigneur de Trèves l'a prise sous son aile paternelle.
Il est intéressant d’évoquer le seigneur de Trèves (sa seigneurie se situait en aval de Saumur, sur la rive gauche de la Loire). Ce modeste seigneur est devenu assez puissant et influent à la cour pour avoir sauvé la vie de Charles VI et du dauphin ; en remerciement, l’un et l’autre lui ont accordé des droits de passage des marchandises dans sa seigneurie et sur la Loire, mais aussi des marchés. La seigneurie de Trêves est ainsi devenue riche.
Alors que le dauphin faisait de la politique à Loches, Jeanne s’impatientait et s’ennuyait à mourir à Chinon. Le seigneur de Trèves lui proposa de l’emmener visiter sa seigneurie.
La Pucelle connaissait déjà le Saumurois pour avoir répondu à l’invitation du couard duc d’Alençon (le chef de l’ost royal) qui avait souhaité qu’elle rencontre sa mère et sa femme dans sa propriété de Saint-Florent-les-Saumur (aujourd’hui Saint-Hilaire-Saint-Florent, commune rattachée à Saumur, où il plaque commémore le passage de Jeanne d’Arc).
Je ne peux m’empêcher d’évoquer une anecdote, dont on ne sait si elle est ou non une légende, mais qui s’inscrit bien dans l’histoire. Malgré la protection et l’attention de Gilles de Rais, la Pucelle était quelque peu « chahutée », en particulier par le tonitruant et graveleux Gascon, La Hire. Celui-ci aimait bien Jeanne et elle-même avait de la sympathie pour ce pourfendeur d’Anglais qui n’avait pas son égal. La chaste pureté de la Pucelle était souvent mise à l’épreuve par les propos crus du Gascon
Près de Gennes, un écossais de la garde de la Pucelle lui raconta que quelques années auparavant, il avait guerroyé de l’autre côté de la Loire (à Beaufort-en-Vallée) contre les Anglais, dans une armée de mercenaires écossais constituée et commandée par Yolande d’Aragon. Déjà pleine d’admiration, Jeanne demanda qu’on la conduise vers une chapelle pour qu’elle puisse se recueillir et prier pour la belle-mère du dauphin. On la conduisit vers ce qui est aujourd’hui l’abbaye de Saint-Maur. En abordant un petit village nommé à l’époque « La Couillardière », pensant sans doute aux obscénités de La Hire, elle se serait écriée : « Ah ! Quel sale village ! » En souvenir du passage de la Pucelle, La Gouillardière aurait été rebaptisée « Le Salle-Village ». Aujourd’hui, on dit communément Le Sale (en aval de Gennes). Légende ou pas, cette anecdote locale traduit d’une certaine façon ce qu’a pu être la situation de cette jeune fille au milieu d’hommes qui n’étaient pas des enfants de chœur.
Pour resté sur le côté légendaire, j’ai déjà parlé de cette hypothèse selon laquelle Jeanne d’Arc aurait été la fille bâtarde d’Isabeau de Bavière (ce que je ne crois absolument pas et je m’en suis expliqué). Les partisans de cette théorie considèrent que l’acte d’anoblissement de Jeanne est un faux, car il en existe deux ou trois versions qui ne sont pas strictement identiques. Il est un fait que le lieu où étaient conservées les lettres d’anoblissement a été détruit par un incendie. Il a donc été demandé aux bénéficiaires de fournir une ou plusieurs copies de leur exemplaire : à l’époque il n’y avait pas de photocopieuses…
De mon point de vue, la mention de la présence du seigneur de Trèves sur la lettre d’anoblissement de Jeanne d’Arc et de sa famille est un élément qui en authentifie absolument l’existence.
Élie Durel
D’Élie Durel, « Les amants du Val de Loire » chez Geste éditions
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