de laselve » Dim 31 Jan 2010 21:05:23
Une lettre vous manque et tout est décalé !
Halte aux erreurs administratives !
« … le pays ( le Rouergue) apparaît comme le centre de gravité de la langue d'Oc. Dès le début du Xlle siècle, les scribes en usent pour conserver le souvenir d'une vente, d'une donation ou d'un gage, pour dresser des listes de redevances ou établir le texte des coutumes de Saint-Antonin. La netteté, la précision de cette langue lui permettent d'exprimer, mieux que les actes latins, les conceptions juridiques des contractants. L'écrit n'est rédigé que pour garder le souvenir des paroles dites, des formes observées, des témoins ou des garants qui étaient présents. Un acte latin doit traduire ce qui a été dit et souvent reprend un formulaire tandis que les actes rouergats vont à l'essentiel et, répugnant aux formules savantes, usent du vocabulaire courant… »
Extrait du livre « le cartulaire de la Selve » de Paul OURLIAC et Anne-Marie MAGNOU , livre d’où je tire tout mon savoir .
En fait , tandis que les bourges de l’abbaye de Sylvanès (à 25 km environ) font venir des magistri de Montpellier et rédigent leurs actes en latin, les Templiers de La Selve paraissent préférer le bon vieux langage local que tout le monde connaît et comprend : l’Occitan.
Ce qui nous permet , à nous simples amateurs , de découvrir , par delà le travail des historiens , des situations et des personnages pittoresques (situations qui tiennent plus de l’anecdote que de la grande histoires) .
Par exemple la charte étiquetée 53.
C’est un acte de donation classique , assez long : 30 lignes inscrites sur le parchemin.
Les 18 premières lignes sont la donation elle-même .
Dans les 8 lignes suivantes on s’aperçoit que le scribe est un type méticuleux :il fait promettre et jurer sur les Evangiles , à tous les intervenants (hommes , femmes , fils et filles ) , par 2 fois , que la donation est définitive et irrévocable !
Et l’auteur ajoute le nom du commandeur (… fraire Uc de Valo, comandaire de la Selva ) , le lieu où a été signée la charte ( ins ela gleiza de la Selva) et les noms de 13 témoins dont lui-même .
Et c’est là que l’on voit que le gratte papier (un peu prétentieux peut-être) connaissait ses lettres vu qu’il se met au latin !
« …Guillem de Coderco presbyter, publicus notarius de Silva, qui hoc scripsit. Actum anno Domini, .M°.C°.L°.VI°., .IX°. kal. novembris, Lodovico rege regnante. »
C’est bien écrit : « Guillem de Coderco prêtre ,notaire public de Sylvanes (sans doute) qui aujourd’hui a écrit .Fait l’année du Christ 1156 , 9 è calendes de novembre , Ludovic (Louis) roi règnant . »
SAUF QUE : 8 siècles plus tard nos historiens rectifient sèchement d’une note de bas de page :
« (1) La mention d'Uc de Valo suffit à imposer la correction de date. »
Le pauvre scribouillard si pointilleux a oublié un grand C vu que Uc de Valo a été commandeur en 1256 !
Une erreur de Cent ans dans les gencives !!
Et le plus beau c’est que le document n’ait pas été ni relu ni corrigé mais archivé tel que !!!(les auteurs ne signalent ni grattage de correction ni ratures ni ajouts sur ce parchemin)
« S'il fallait étudier toutes les lois, on n'aurait pas le temps de les transgresser.»
( Goethe )