de laselve » Jeu 11 Mar 2010 18:19:52
J’ai un de ces moments de vie relaté par un historien amateur à partir des archives de Rodez .
Allez hop ! je copiecolle
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« A Viarouge en 1725 ...
la mort du voiturier hérétique de Saint-Affrique.
Autrefois, on disait « voiturier » comme aujourd'hui on dit « routier ». Le voiturier dont on va parler est de Saint-Affrique. Il s'appelle Louis Boyer. En mars 1725, il mène une équipe de mulets qui sur leur dos véhiculent du sel destiné à l'entrepôt d'Espalion. Boyer a fait halte à Viarouge, en plein Lévézou, dans le logis de Jean Bonnefous , hoste en ce lieu.
On est vers la fin du carême. Le froid qui souvent pince à cette époque sur les hauteurs du Rouergue est-il totalement étranger à son indisposition ? Ce voiturier ne va pas bien du tout. Un chirurgien appelé à son chevet diagnostique un mal de côté menaçant inflammation de poitrine. C'est grave. Cet homme de l'art conseille à Boyer de mettre ses affaires en ordre, ses affaires vis-à-vis de l'autre monde, s'entend. Et alors qu'il lui recommande de requérir la présence d'un prêtre, le malade répond qu'il ne s'est jamais confessé. Car il adhère à la R. P. R., la « religion prétendue réformée ». Autrement dit il est protestant. « Qu'à cela ne tienne » répond en substance le chirurgien « nous avons de très bons prêtres, ici ; ils vous apprendront comment on se confesse ».
Entre dès lors en scène Me Jean Camboulas, prieur-curé de Viarouge Convertir un hérétique à l'approche de la mort, voilà une belle oeuvre ! Le prieur-curé va s'y employer. Sa première tentative est un échec, car lorsque ce prêtre lui propose les sacrements, Boyer temporise : « Non, non, non... Je ne suis pas si malade... D'ailleurs voyez ! Je crache bien... ». Avec les crachats , le mal de poitrine s'évacue, n'est-ce pas ?
Sur ces entrefaites, ayant appris la maladie de Louis Boyer par une voie indirecte, arrive à l'auberge de Viarouge la belle-mère du malade, Claire Rivière, veuve de Jean Peyre, hoste de Saint-Affrique. Elle va s'employer fort efficacement à faire mourir son gendre selon ses convictions religieuses. Lorsque Me Camboulas, le prieur-curé, revient auprès du malade faire ses efforts pour le porter à mourir en bon catholique, elle feint de le laisser agir, mais fait le nécessaire pour que le cérémonial avorte. Elle soutient son gendre dans ses derniers instants : « bon courage, le ciel nous est ouvert », lui dit-elle. Et quand le voiturier est passé de vie à trépas, elle s'extasie : « ah! la belle mort ; il est allé tout droit au paradis ».
Louis Boyer est mis en terre dans un champ à proximité, appartenant à l'aubergiste de Viarouge ; le « saint cimetière » des paroisses catholiques n'a pas, en effet, à accueillir les hérétiques ; et d'ailleurs, indique Claire Rivière, pour les protestants, toute terre est bénite.
Mais l'affaire ne s'arrête pas là. En effet, à l'initiative du procureur du Roy, les magistrats de Rodez poursuivent Claire Rivière pour avoir, par sa séduction, confirmé son beau-fils dans ses anciennes erreurs. A Rodez, le procès aura d'ailleurs une double cible : la mémoire* du voiturier d'un côté, mort dans une malheureuse disposition et relaps, et de l'autre sa belle-mère, qui l'a porté et séduit à mourir hors du sein de l'Eglise. Ces agissements sont des crimes. Un procureur * a été nommé d'office pour défendre la mémoire de Boyer. Ses interventions laissent douter qu'il ait été vraiment le défenseur de la cause qui lui a été confiée. Les biens du voiturier sont mis sous séquestre.
Sa belle-mère, Claire Rivière, est capturée à Saint-Affrique par la maréchaussée. Incarcérée à Rodez le premier juin 1725, elle semble, au vu des comptes rendus d'interrogatoires, avoir eu une attitude de haute tenue.
Le verdict est rendu le 16 juin 1725. Les biens du défunt, Louis Boyer, sont confisqués au profit de Sa Majesté, étant précisé que sa mémoire demeurera éteinte et supprimée et condamnée à perpétuité... Quant à Claire Rivière, 60 ans, coupable du crime d'avoir exhorté ledit Boyer, son gendre, à mourir dans la relligion prétendue réformée, elle est condamnée à être rasée et enfermée à perpétuité dans l'une des cellules de l'hôpital Sainte-Croix à Rodez. Cette sentence ruthénoise, semble-t-il, a été portée à Toulouse, ce qui laisse espérer que la souveraine cour de parlement de cette ville - mieux inspirée qu'elle ne le sera pour la fameuse affaire Calas - n'a pas confirmé ce châtiment.
Notes de bas de page
* Le titre XXII de la grande ordonnance criminelle de 1670 a pour titre : « De la manière de faire un procès au cadavre ou à la mémoire d'un défunt ». Son article I précise : « le procès ne pourra estre .fait au cadavre, ou à la mémoire d'un défunt, si ce n'est pour crime de lèse-Majesté divine ou humaine ». Ici, lèse-majesté divine ?
* Procureur : Aujourd'hui, peut-être dirait-on un avocat…. »
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« S'il fallait étudier toutes les lois, on n'aurait pas le temps de les transgresser.»
( Goethe )