Lisez LE FEU (Journal d'une Escouade) de Henri Barbusse .La vie de 17 hommes sur le front durant la premiere guerre mondiale racontee par un acteur.( prix Goncourt 1916 – source Wikipedia) Découvert sur un site de livres numériques gratuits.
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Extrait de : « Le feu » de Henri Barbusse (1915)
« À la mémoire des camarades tombés
à côté de moi à Crouy et sur la cote 119 »
Cinq Poilus en permission d’une journée après un an et demi de tranchée , abordés dans un café à l’arrière
« ……..
– La vie des tranchées, c'est dur, n'est-ce pas ?
– Euh… Oui… Ah ! dame, c'est pas rigolo toujours…
– Quelle admirable résistance physique et morale vous avez ! Vous arrivez à vous faire à cette vie, n'est-ce pas ?
– Mais oui, dame, on s'y fait, on s'y fait très bien.
– C'est tout de même une existence terrible et des souffrances, murmure la dame en feuilletant un journal illustré qui contient quelques sinistres vues de terrains bouleversés. On ne devrait pas publier ces choses-là, Adolphe !… Il y a la saleté, les poux, les corvées… Si braves que vous soyez, vous devez être malheureux ?…
Volpatte, à qui elle s'adresse, rougit. Il a honte de la misère d'où il sort et où il va rentrer. Il baisse la tête et il ment, sans peut-être se rendre compte de tout son mensonge :
– Non, après tout, on n'est pas malheureux… C'est pas si terrible que ça, allez !
La dame est de son avis :
– Je sais bien, dit-elle, qu'il y a des compensations ! Ça doit être superbe, une charge, hein ? Toutes ces masses d'hommes qui marchent comme à la fête ! Et le clairon qui sonne dans la campagne : « Y a la goutte à boire là-haut ! » ; et les petits soldats qu'on ne peut pas retenir et qui crient : « Vive la France ! » ou bien qui meurent en riant ! … Ah ! nous autres, nous ne sommes pas à l'honneur comme vous : mon mari est employé à la Préfecture, et, en ce moment, il est en congé pour soigner ses rhumatismes.
– J'aurais bien voulu être soldat, moi, dit le monsieur, mais je n'ai pas de chance : mon chef de bureau ne peut pas se passer de moi……. »
« S'il fallait étudier toutes les lois, on n'aurait pas le temps de les transgresser.»
( Goethe )