Les tours de guêt de Carol (66)

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Modérateurs: quark, Ringo

Les tours de guêt de Carol (66)

Messagede Invité » Mar 30 Aoû 2005 18:38:15

Bonsoir,

Je suis allée à la Tour de Carol (66) et à quelques kilomètres de là (malheureusement, je ne sais pas sur quelle commune exactement), se trouvent les ruines de deux tours situées sur une petite colline, au bord d'une rivière:
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Est-ce que quelqu'un connait ces tours et saurait me dire ce qu'elles ont été ? (tours de guet ? tours d'un chateau ?) et de quelle époque elles datent ?

Je n'ai rien pu trouver hormis des photos, puisque je ne sais absolument pas le nom de la commune où sont les tours, ni le nom qu'elles portent...

Je vous remercie !

A+

Christelle
Dernière édition par Invité le Dim 04 Sep 2005 14:29:28, édité 1 fois.
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Messagede Invité » Mar 30 Aoû 2005 18:41:58

Une autre photo:
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Messagede Invité » Sam 03 Sep 2005 09:45:46

J'ai enfin trouvé ce qu'étaient ces tours !!!

Les tours à signaux sont des éléments défensifs médiévaux destinés à faire transiter une information d'un lieu à un autre. Connues et employées des romains, ce système fut amélioré et étendu par les carolingiens qui les utilisèrent en Corse, en Toscane, en Liguries, en Provence et en Languedoc. Mais le Roussillon a une véritable spécificité : Les tours furent construites en même temps dans un but unique. Le Roussillon possède donc un réseau de tours uniforme et homogène.
Ce sont les rois de Majorque, à partir de 1285, qui créèrent ce système d'alerte assez efficace. Il sera poursuivit dans le même but par les rois d'Aragon jusqu'en 1390, puis sera progressivement abandonné. Notons toutefois que les français continuaient à en construire en 1780 !

Schématiquement on peut définir trois périodes de construction.

La première période est antérieure aux rois de Majorque, elle date des tout débuts de l'époque carolingienne. Les tours étaient souvent de la réutilisation de celles construites par les wisigoths et les romains. L'idée générale était de faire signaler un danger de la côte vers l'intérieur des terres. En effet à cette époque la plaine était relativement déserte, toute la population était concentrée dans les vallées des Albères, du Fenouillèdes ou du Conflent, voire de la Cerdagne.

La deuxième période correspond au haut Moyen-âge, c'est à dire l'apparition des seigneuries.
Dès le Xe siècle mais plus particulièrement au XIe, les familles plus importantes que les autres prirent l'ascendant sur les hameaux où elles résidaient, rachetant la terre. Il va se créer ainsi des Monsieur, Senyor en catalan qui donneront des seigneurs. Ces seigneurs dominaient plusieurs hameaux, ils avaient donc tout intérêt à construire un système de défense qui leurs soient propres, surtout qu'en ces temps lointains les guerres entre seigneurs étaient légions. Les tours à signaux servaient donc à protéger une région relativement petite, comme une vallée étendue ou un massif montagneux. La plupart du temps ce dispositif avait un point central, le château du seigneur.

La troisième période est celle des rois de Majorque et d'Aragon. Basée sur des constructions neuves, elles étaient destinées à indiquer faire descendre une information des montagnes vers la plaine où se trouvaient les châteaux royaux de Perpignan et de Collioure. Les tours étaient donc placées sur des cols ou des pics de façon à ce que du fond de la vallée on en voit la partie basse.

Ces tours communiquaient entre elles par un seul moyen : le feu. La journée, la fumée se voyait au loin. La nuit, c'est l'éclat du feu qui faisait office de signal.

Au XIVe siècle leurs usages furent réglementés par Pierre IV. Les signaux étaient nommés des "farons" ou "faraons". Les "faraoner" était celui qui était en charge de la tour.

Il était possible également de donner des précisions sur les forces en présence en faisant des nuages de fumée. Ce n'est pas une plaisanterie indienne mais ce système fonctionnait bien : un nuage par 500 hommes à pieds.

- Quelques exemples de communication:

Les tours de la Madeloc et de la Massane se détache assez bien des Albères. Leurs rôles étaient de faire transiter l'imminence d'un danger de la vallée du Vallespir au château royal de Collioure ainsi qu'à toute la plaine du Roussillon. cette plaine était par ailleurs avertie par la tour de Tautavel (Torre del Far), qui informait la Salanque, et par la tour de Força Réal, qui signalait le danger à par partie Ouest de la plaine. Ces 4 tours entouraient la plaine du Roussillon, et où qu'elle ai été, la population recevait forcément l'information d'un danger.

Changeons à présent de cap et montons en Cerdagne. La vallée de la Têt était équipée de 8 relais pour joindre Ovança (Mont-Louis) à Força Réal, qui lui était visible de la plaine. La vallée du Carol était également équipée de tour (le village de Latour de Carol en témoigne toujours aujourd'hui)

Dans les Garrotxes (par Nord du Haut-Conflent), il existaient les tours suivantes, avec leurs dates de premières mentions : Thuevol citée en 865, Pujalt 942, Maurli 1021, Ayguatébia 1072, sansa 1265, Caudies 1310, Ralleu 1385, Cabrils 1010, Muncles 865, Talau 874, Les Plans 875, Bordoll 957, Pujals 962.

Le Capcir, c'est cette vallée qui monte vers le Nord (vers l'ennemi français), après Puyvalador. L'entrée de cette vallée était également gardée par 3 tours au col de la Quillane. La première était aux Angles (à présent disparue) et communiquait directement avec celle de La Llagonne, qui elle même communiquait avec celle de Fedges, relais vers le château de Sauto, puis les tours de Llar et de Prats-Balaguer et Villefranche, la garnison la plus proche.

En Vallespir le système était assez complexe. Les châteaux de Cabrenc (Serralongue) et la ville de Prats de Mollo étaient des points centraux. De Cabrenc les signaux partaient en différentes directions.

La tour de Palalda assurait le relais vers le bas de la vallée, en direction de la Massane, mais aussi en direction de la vallée de la Têt via la tour de Montbolo.
La tour de Corsavy informait l'autre versant, plus haut, et passait le relais à la tour de Batère qui faisait transiter le signal vers la vallée de la Têt.
La tour de Cos (une ancienne tour entre Le Tech et Montferrer) passait le signal à la tour de la Guardia, sur les hauteurs de Prats de Mollo, et au fond de la vallée à la tour d'En Mir en direction de la Preste.
Même la plaine du Roussillon disposait de son système de surveillance. On a une trace de la tour de Taxo d'Avall, bien sûr en relation avec celles de la Massane et de la Madeloc.

Mais ceci ne constitue qu'un tout petit échantillon de ce qui existait à l'époque des rois de Majorque. D'autres tours se trouvaient à Rasiguères, à Amélie les bains, à Latour de Carol, à Laroque des Albères, la tour de Mascarda près de Mosset (1242) et d'une manière générale partout où on avait besoin de surveiller une vallée... où la mer : Tour de Quer Roig, au dessus de Cerbère, et tours d’En Pagès et Baille qui entoure Banyuls sur mer.

A présent un exemple de réseau simple : En 1348 le vicomte d'Evol fait communiquer son château historique à sa nouvelle résidence, le château de la Bastide. Il parvient par le biais de la tour d'Oreilla et contrôle également son fief de Railleu par la tour de Celra.



- Les Tours:

Concrètement, toutes les tours des rois de Majorque ont été construites de la même façon. Il s'agit d'un bâtiment d'une seule pièce de forme conique sur sa partie basse et cylindrique sur la partie haute, d'une hauteur totale de 10 à 15 mètres. Les murs sont percés de meurtrières toutes les 2 mètres placées en colimaçon de façon à suivre l'escalier interne qui monte à l'étage. Le plancher est fait en bois et le toit de l'édifice est variable, la plupart du temps il s'agit d'un toit en pointe à la charpente de bois, ce qui explique qu'il n'y en ai plus sur aucune des tours encore existantes.

Des fois la partie basse conique n'existe pas, la tour ressemble alors à un parfait cylindre de pierre.

Le feu était fait dans une cage de fer, placé en hauteur sur le sommet de la tour. Cette cage avait tendance à s'abîmer, il fallait les changer régulièrement.
Invité
 

Messagede galvain » Sam 03 Sep 2005 21:19:58

trés bon "résumé" je te met 19 parce que c'est ..... trop .... au pit nan 20 lol

quand ta parlé de carole moi j'ai pensé a la plage c'est dans la manche et de chaque coté il y a des falaise c'est mortelle :lol:
galvain
 

Messagede fafnir » Dim 04 Sep 2005 09:46:04

C'est ce que je pensais ces tours étaient trop petites pour être des tours défensives, d'autant plus que vu le terrain où elles se situent il me semblait difficil d'y avoir bâti un château-fort...
fafnir
 

Messagede Invité » Dim 04 Sep 2005 14:34:33

Oui, fafnir... d'autant que les tours sont très proches l'une de l'autre ! (environ 10 mètres seulement les séparent)

Elles comportaient 3 étages fermés + 1 étage à ciel ouvert. (complètement détruits aujourd'hui)

Les meurtrières sont orientées vers des lieux à fort passages: rivière, pont, centre du hameau, et colline opposée...

Je ne sais pas par contre combien de personnes vivaient dans ces tours...
Invité
 

Messagede Cambise » Dim 04 Sep 2005 16:13:55

En tout cas, félicitations: tu poses la question, tu travailles toute seule, tu postes la réponse... :sm21:

Bravo pour ces recherches!
Cambise
 

Messagede Invité » Mar 06 Sep 2005 18:00:41

Merci pour le compliment ! :D

Etant une passionnée et une curieuse, j'aime bien partager mes interrogations comme mes "découvertes" ! :wink: (Je pense que c'est le cas de toute personne passionnée, non ? 8) )
Invité
 

Messagede yule » Lun 26 Sep 2005 04:27:12

:shock: tu est sure que c est 2 toures sont pas des reste dun chateau car je vois pas pour koi il y en aurais 2 cote a cote
etant du coin je c quil y a beaucoup de reste de chateau dans c petit village car il y avais beaucoup de seigneur

:wink:
yule
 


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