Dans mon livre "L'autre fin des Romanof et le prince de l'ombre", j'ai analysé les faits tels qu'ils ressortent des seuls témoignages existants. Ma conviction est qu'il y a eu mise en scène, ce qui confirme mes sources.
Si l’on analyse objectivement et sans a priori tout ce qui a trait à la version du massacre collectif de la Famille impériale et des serviteurs dans la maison Ipatief, force est de constater qu’elle n’est pas probante. Les conclusions des premiers enquêteurs, les premiers avis et communiqués officiels font état d’une possible mise en scène ou, pour le moins, émettent des doutes ou ne tranchent pas.
L’émotion (voulue et toujours actuelle) suscitée par l’évocation d’un massacre d’enfants dans des conditions terribles et les reconstitutions cinématographiques sont très certainement plus persuasives (souvent inconsciemment) que les éléments objectifs pour accréditer le massacre des Romanov dans la chambre jaune (parquet peint en jaune et papier peint à dominante jaune).
Au départ, la thèse du massacre vient de Koutouzov, l’adjoint au procureur public d’Ekatérinenbourg, qui aurait appris du citoyen Fiodor Gorchkov que le tsar et toute sa famille auraient été assassinés dans la maison Ipatief (dans les appartements et non dans l’entresol). Ce dernier aurait dit tenir cette révélation de l’enquêteur Tomachevski qui l’aurait appris d’un témoin oculaire ou d’un proche des autorités soviétiques.
Ce bref témoignage de troisième ordre constitue la trame sur laquelle Sokoloff a brodé sa version. Il servira aussi à fonder la survivance de la grande-duchesse Anastasia.
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Toute la famille fut rassemblée dans la salle à manger où on leur annonça qu’ils allaient être tous fusillés. Peu après, les « Letts » tirèrent et toute la famille s’écroula. Après quoi, en vérifiant que tout le monde était bien mort, des gardes s’aperçurent que la grande-duchesse Anastasia vivait encore. Lorsqu’ils la touchèrent, elle poussa un cri horrible. On lui donna un coup de crosse sur la tête et elle fut percée de trente-deux coups de baïonnette.»Il convient aussi de noter que personne, en dehors de Yourovky et de ses tchékistes (et peut-être de Paul Medviedef), n’a eu la possibilité d’identifier les cadavres évacués de la maison Ipatief, ce qui est pour le moins étrange. En effet, officiellement c’est le peuple, à travers les gardes rouges, qui a jugé, condamné et exécuté les Romanov dans la maison Ipatief.
Si l’on se réfère aux témoignages connus, les membres de la Famille impériale et les serviteurs n’avaient pratiquement rien pris avec eux pour descendre à l’entresol. Or, si l’on se réfère à la quantité considérable d’objets et d’effets vestimentaires retrouvés sur le lieu de l’inhumation présumée (les Quatres-Frères) par les enquêteurs, par les curieux et même par Sokoloff et si l’on y ajoute ceux qui n’ont pas été restitués ou qui ont été brûlés pour faire croire à l’incinération de corps, il est patent que la plupart ont été transportés là en dehors de leurs propriétaires.
L’utilisation de drap et de coupons de toile militaire pour envelopper les corps sans permettre leur identification laisse sérieusement à penser que de faux cadavres ont été fabriqués pour tromper les gardes rouges qui ont observé la scène du chargement dans le camion (sa puissance permet aussi de s'interroger) et qui ont ensuite raconté ce qu’ils ont vu à leurs camarades. Ce sont leurs témoignages qui étayent la version du massacre de la Famille impériale. Faire sortir les Romanov dehors pour se rendre dans l’entresol, alors qu’un escalier intérieur existe, relève du même stratagème pour leurrer les sentinelles extérieures afin qu’elles témoignent en conséquence.
La volonté évidente de ne pas permettre l’identification des corps est aussi anormale que suspecte. Alors que tout a été fait pour montrer à l'extérieur que la Famille impériale était au complet dans les heures qui ont précédé sa disparition, pourquoi ne pas montrer leurs cadavres pour lever les doutes ? Si Yourovski a ordonné que les gardes extérieurs (non témoins des faits - seuls des tchékistes l'ont été) nettoient la chambre où ont été assassinés les 4 serviteurs, c'étaient uniquement pour que la vue du sang étaye leur conviction que les Romanof avaient été tués là.
A l'examen de la scène du crime, les premiers enquêteurs ont tous fait le même constat : beaucoup moins de 11 personnes ont été tuées dans la chambre jaune. Même Sokolov a été embarrassé. Le nombre d’impacts et la quantité de sang (du sang de porc aurait été ajouté par la suite !) ne cadraient pas. Sur les 16 impacts relevées dans la cloison (plus une en dehors), 12 étaient concentrées dans un rectagle de 0,50 m X 1,30 m et 9 d'entre elles étaient ourlées de sang. Le bas de ce rectangle se situait à 0,20 m du plancher et le haut à 0,75 m. Cela rend absolument invraisemblable la possibilité que 11 personnes aient été fusillées devant cette cloison. Ces indications ont été minutieusement relevées par l'enquêteur précédent Sokoloff qui les a reprise dans son rapport d'enquête.
Nous verrons qu'il y a aussi eu mise en scène dans les bois des Quatre-Frères où il y a eu un simulacre d'ensevelissement des Romanov.
Elie Durel
Élie DUREL auteur de : « L’autre fin des Romanof et le prince de l’ombre » aux éditions Lanore (France) 2009

– « Mémoire d’un résistant » chez Gestes éditions (France) - « L’histoire d’un conscrit de 1913 » aux éditions Ouest-France – « Les amants du Val de Loire » chez Geste éditions.