Les filles du Tsar Nicolas II ont-elle survécu au drame ?

Débat et discussion sur les énigmes et mystères de l'histoire de France , le Trésor des Templiers, Louis XVII, l'or de l'abbé Saunière... et....et..... et..... la couleur de la jarretière de Chicotte !

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Messagede Nemie » Jeu 06 Nov 2008 09:19:13

Il y a un truc qui me chiffonne par rapport aux allégations de M. Wartelle lorsqu'il dit que bien des maisons royales ont traité Anna Anderson avec déférence, notamment lorsqu'on lit chez Tatiana Botkine qu'un long séjour hospitalier d'Anna Anderson avait été payé par la Couronne danoise...

Jean Des Cars nous dit que Maria Feodorovna aurait rencontré Anna et lui aurait dit à l'instant même où elle l'aurait vue : "Vous n'êtes pas ma petite-fille !"

Je ne vois pas l'intérêt qu'aurait la Tsarine Mère à nier sa descendante, d'autant plus qu'elle n'a pas été mise au courant du "deal" entre le Kaiser et Lénine (toujours suivant la théorie "survivantiste" de M. Wartelle).

Bien des princes, Romanov ou autres, ont reconnu Mme Anderson et fait des déclarations officielles signées chez notaire, allant ainsi contre l'avis général de la Famille Impériale (comprenez Cyril qui voulait s'accaparer le trône et l'héritage qui allait avec, même s'il n'avait aucun droit légitime dessus).

Je ne crois pas les princes l'ayant reconnue assez naïfs et émotifs au point de "se tromper" sur seule base d'une vague ressemblance et de récits plus ou moins "intimes". Même si Jean Des Cars semble penser qu'Anna était une pauvre amnésique que des Russes blancs ont trompée et payée en lui faisant croire n'importe quoi (ce qui expliquerait pourquoi elle ne s'est jamais départie de son "rôle" d'Anastasia et y a cru jusqu'à la mort).

Cela me fait penser que cette théorie de la pauvre fille soudoyée par des escrocs blancs était déjà prise en compte (cf. le film de 1956 avec I. Bergman).

Donc, je ne sais trop que penser et qui croire. Me revoici à douter.
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Messagede Aleksandr » Jeu 06 Nov 2008 12:35:07

De toute façon, il y a aura toujours de petites à choses à dire contre la thèse "officielle". Il est vrai qu'Anna Anderson a été reconnue comme étant Anastasia par certains membres de la famille royale danoise, tout comme par certains membres de la famille royale anglaise. Mais, comme le dit Stepan Bern dans son émission sur les Romanov, il y a pleins de cas de mystifications dans l'histoire. Il faut se mettre à leur place, il est difficile de voir des membres de sa famille mourir dans ces conditions, surtout si l'on est proche d'eux et si ils sont aussi jeunes qu'Anastasia.

Pour l'impératrice douairière, je n'ai pas encore eu le temps de terminer le livre de Jean Des Cars, mais ça m'étonne un peu ce que tu dis Némie, car, d'après ce que j'ai lu, elle n'aurait jamais voulu voir Anna Anderson, car elle était effectivement convaincue qu'elle n'était pas sa petite-fille. Et, contrairement aux oncles d'Anastasia, je ne pense pas que Marie Fedorovna aurait mentie pour des questions d'héritage ou je ne sais quoi. En effet, je vois mal des grands-parents renier leurs petits-enfants, surtout que l'impératrice mère était très proche de ses petits-enfants (du côté de Nicolas du moins).

Pour revenir à Anna Anderson, je pense que la thèse du "complot" des oncles d'Anastasia à faire reconnaître la prétendante comme étant Anastasia est possible. En effet, la jeune femme était peut-être amnésique ou alors c'était une très grande actrice, et certains membres de la Maison impériale russe l'auraient alors engagée pour toucher la fortune des Romanov, et ils promirent peut-être de partager le "trésor" avec la jeune polonaise...
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Re: Les filles du Tsar Nicolas II ont-elle survécu au drame ?

Messagede Nemie » Jeu 06 Nov 2008 12:51:18

Je suis d'accord avec ce que tu as écrit. Je ne conçois pas qu'une femme si franche comme Marie-Dagmar se perde dans des querelles d'héritage, d'autant plus qu'au moment des faits, elle était le chef et sa parole faisait loi. Le film de 1956 l'imaginant croire à la "résurrection" de sa petite-fille (Bergman), puis accepter sans broncher l'imposture et faire comme si avoir ameuté tout le Gotha "pour rien" n'était pas grave me laisse perplexe. Je me doute que dix ans peuvent changer une adolescente en femme, mais je ne crois pas l'Impératrice si naïve et rêveuse pour ne pas reconnaître sa propre petite-fille (sa préférée, dit-on).
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Re: Les filles du Tsar Nicolas II ont-elle survécu au drame ?

Messagede Aleksandr » Ven 07 Nov 2008 19:09:20

Sa préférée je ne sais pas (je pense que c'est plutôt les films et les dessins animés qui montre cela pour "enjoliver" la vie d'Anastasia :wink: ), mais elles étaient proches. De plus, l'impératrice Marie Feodorovna était connue pour être certes très petite, mais pour avoir également un très fort caractère: elle n'est donc pas naïve et rêveuse comme le montre le film d'Ingrid Bergman :wink:
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Re: Les filles du Tsar Nicolas II ont-elle survécu au drame ?

Messagede Nemie » Sam 08 Nov 2008 11:24:59

Oui, c'était un fier petit Sagittaire (comme moi), ça rigole pas avec la famille :lol: !
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Messagede Aleksandr » Mer 10 Juin 2009 18:39:26

Le grand-duc Michel, la grande-duchesse Elisabeth Fedorovna et les quatre autres membres de la famille Romanov assassinés à Alapaïevsk, viennent d'être réhabilités par le parquet général de Russie:

"L'analyse des éléments d'archives montre que ces personnes ont subi la répression par l'arrestation, l'exil et la surveillance par la tchéka, sans avoir été accusées d'avoir commis des crimes de classe ou sociaux concrets", a indiqué le ministère public dans un communiqué.

"Cette décision (de réhabilitation) est d'importance historique. C'est un pas important dans le sens de la justice historique", a réagi Guerman Loukianov, avocat de la Grande Duchesse Maria Vladimirovna.

Source: http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/la-russie-rehabilite-le-jeune-frere-du-dernier-tsar-08-06-2009-541812.php
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Messagede elie durel » Lun 28 Déc 2009 21:02:22

Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, Nicolas II, le dernier tsar de toutes les Russies, la tsarine Alexandra, leurs cinq enfants et quatre fidèles serviteurs se sont purement et simplement volatilisés : la plus grande énigme de l’Histoire est alors née.
Le juge Nicolas Sokoloff a enquêté sur cette disparition mystérieuse. Il a conclu au massacre de la Famille Impériale dans la maison Ipatiev à Ekatérinenbourg et à l’anéantissement des corps réduits en cendre ou dissous dans de l’acide. Retrouvés en 1976, mais exhumés seulement en 1989, des squelettes attribués aux Romanof contredisent pourtant ses allégations. Mais, ne s’agit-il pas d’une ultime imposture pour masquer la vérité ?
Cette vérité, un homme de l’ombre l’a nécessairement connue, il s’agit du prince Nicolas Orloff. Haut fonctionnaire de la police secrète et proche des Romanof, il a été le protecteur du juge Sokoloff et de sa jeune et mystérieuse épouse.
J'ai recueilli des informations inattendues provenant de personnes qui ont directement ou indirectement connu le prince et le juge réfugiés en France après avoir fui la Sibérie. L’une d’elles m'a fait des confidences tellement surprenantes que j'ai voulu en vérifier la vraisemblance. J'ai donc mené ma propre enquête et procédé à une analyse précise de cette histoire aussi extraordinaire que complexe. Au terme de mes investigations, je ne peux que confirmer l’intime conviction de son informateur privilégié : la Famille Impériale n’a pas été massacrée dans la maison Ipatiev et l’une des Grandes-Duchesses aurait survécu, mais il ne s’agit pas d’Anastasia.

Si mes sources sont authentiques, je n'affirme pas qu'elles m'ont conduit à la vérité qui ne sera jamais établie de façon incontestable. Toutefois, j'ai acquis la conviction que la thèse officielle ne la traduit pas.

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Re: Les filles du Tsar Nicolas II ont-elle survécu au drame ?

Messagede elie durel » Sam 02 Jan 2010 20:51:28

Avant d'aller plus avant vers l'hypothèse du survivance, faisons plus ample connaissance avec le personnage clé de cette mystérieuse et tragique affaire : il s'agit du prince Nicolas Orloff. Lui a inconstestablement connu la vérité sur ce qui est advenu du dernier tsar de toutes les Russies et de sa famille.

Le prince Nicolas Wladimirovitch Orloff est né en 1891 à Saint-Pétersbourg et il décédé aux États unis en 1961. Il était le fils du lieutenant général Vladimir Nicolaievitch Orloff, l’un des meilleurs amis du tsar Nicolas II.
Comme ces ancêtres depuis la Grande Catherine de Russie, Nicolas Orloff a été un proche des membres de la Famille impériale russe et des Romanof en général. Son mariage morganatique avec la princesse Nadjeda Petrovna, arrière-petite-fille du tsar Nicolas Ier et nièce de Nicolas II a resserré ce lien. Sa belle-mère était la princesse Militza, fille du roi du Monténégro. C’est elle et sa sœur Stana qui, avec le soutien d’Anna Vyroubova, la demoiselle d’honneur de l’Impératrice, ont introduit le guérisseur français Philippe Nizier puis Raspoutine auprès de la Famille impériale dans l’espoir de guérir le tsarévitch. Mal aimée de la noblesse russe, en compagnie de ces deux princesses à la foi inébranlable dans le surnaturel, Alexandra se sentira vraiment impératrice.
Haut fonctionnaire de la police secrète tsariste et l'un des cinq organisateurs de la police politique bolchévique, Nicolas Orloff est un personnage dont le rôle dans l'ombre reste mystérieux, mais certainement majeur. Il connaissait bien le juge Nicolas Sokoloff avec lequel il avait eu des contacts en Ukraine. Il a fui la Sibérie en même temps que lui pour un exil en France. Ils ont vécu à Salbris en Sologne où le prince avait acquis le château du Buisson-Luzas.
Grand ami de Staline (cette relation tend à confirmer que Staline était un membre de la police politique tsariste) et au service des bolchéviques, il était également attaché à la monarchie et surtout à la survie des Romanof qu’il a tentées de sauvé avec le concours de Yakovlef puis de Yourovki.
Il travaillait pour les Bolchéviks tout en gardant un pied dans le mouvement monarchique russe en France et en Allemagne.
Après la révolution bolchévique, Orloff a vécu entre l'Europe et les États-Unis. Il essaya sans succès de rentrer au service de l'OSS (service d'espionnage américain), sans doute pour l'infiltrer. Aux États-Unis, il a été condamné à de la prison pour avoir fait de faux documents afin de compromettre un sénateur américain dans une pseudo compromission avec les Soviétiques. Par l’intermédiaire du milliardaire rouge américain, il a négocié le retour à Moscou d’une partie des archives de Sokoloff confisquées à la veuve du juge. Il a été le traducteur russe-américain de Kroutchev lorsque celui-ci a fait son scandale à la tribune de l’ONU.

Tel était ce prince de l’ombre qui a incontestablement connu la vérité sur la fin des Romanof. Ses confidences ou ses propos confiés à mon principal « informateur » ne constituent pas des preuves, mais elles donnent un éclairage qui permet de mieux comprendre ce qui a pu advenir de la Famille impériale. Pour avoir analysé et enquêté pour en vérifier la vraisemblance, il m’apparaît que la thèse qui en découle est plus crédible que celle retenue officiellement. Elle fait l’objet de mon livre « L’autre fin des Romanof et le prince de l’ombre » au sujet duquel nous échangeons dans ce forum.

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Messagede elie durel » Mar 05 Jan 2010 08:14:27

Après avoir fait un peu connaissance avec le prince Nicolas Orloff, un témoin méconnu, mais primordial de la fin de Romanov, parlons un peu de son "protégé" dont l'enquête abracadabrantesque fonde la version officielle de la mort de Nicolas II et de sa famille. Il s'agit du juge Nicolas Sokoloff. Orloff était autre chose qu'un "protecteur" pour Sokoloff, il était plutôt son "guide". Le prince n'a d'ailleurs pas su éviter l'assassinat (ce qui est très étrange) du juge (officiellement mort d'une crise cardiaque), à moins que...
C'est en fait Orloff qui a demandé à l'amiral Koltchak, alors président du gouvernement provisoire blanc siégeant à Omsk, de désigner Sokoloff qu'il connaissait déjà. Il est clair que le juge ultra monarchiste s'est vu confier une mission qui n'était pas destinée à faire éclater la vérité. Au contraire, il a participé à une opération de contre propagande et de désinformation qui a fini par arranger tout le monde.

L’on ne peut pas dire que l’enquête du juge Sokoloff ait été bâclée. Il a au contraire récolté à Ekatérinenbourf une somme considérable d’informations et d’objets (50 caisses), aussi secondaires qu’inutiles. Par exemple, alors que faute de temps il n’a pas personnellement entendu le seul témoin direct de la nuit de tous les mystères (du 16 au 17 juillet 1918), à savoir Paul Medvedief (le commandant de la garde extérieurs de la maison Ipatief qui s’est livré aux forces blanches, avant d’être probablement assassiné), le juge s’est employé a dresser un portrait de chacun des quelque 70 gardes.
En réalité, sa mission était de cautionner une version préétablie de la mort de la Famille impériale russe. À défaut de preuves convaincantes, il a « noyer le poisson » et publié des photos tendancieuses. Ainsi, dans son livre « Enquête judiciaire sur l’assassinat de la Famille impériale russe » (Payot – 1924 - France), figurent les photos de débris d’ossements de mammifères trouvés dans les fouilles qui n’ont vraiment pas leur place là. Comme Sokoloff ne risquait pas de retrouver ceux des Romanof, il n’a pas hésité à utiliser l’amalgame pour abuser subtilement le lecteur. Le prince Orloff fera retirer cette photo dans l’édition allemande et russe dont il s’est chargé. Il a considéré inconvenant de laisser croire à ses compatriotes que ces os de mammifères puissent être ceux des Romanov. La présentation du cadavre des membres de la famille Romanof assassinés à Alapaîevsk relève de la même manipulation.
Les seules traces humaines (dentier et doigt figurant dans le livre de Sokoloff) retrouvées au « Quatre-Frères » ont clairement et formellement été attribuées au docteur Botkine (par son confrère, le docteur Derevenko, en particulier).Pourtant, Sokoloff a laissé entendre que le doigt pouvait appartenir à l’Impératrice dès lors qu’il était manucuré. Il est évident que cet annulaire (qui ressemble plutôt à un pouce) ne peut pas être celui d’une femme, surtout pas celui d'Alexandra qui avait des mains fines.
Quant au cadavre du petit chien King Charles (Jemmy, le chien de Tatiana ou Anastasia) retrouvé pratiquement intact 9 mois après les faits dans un puits de mine du lieudit des « Quatre-frères », on sait que cette « preuve » a été fabriquée avec la complicité du journaliste et espion anglais Wilson qui se trouvait au côté de Sokoloff à Ekatérinenbourg.
J’ajoute aussi que la quantité phénoménale d’objets et de vêtements retrouvés (sans compter ceux subtilisés par des curieux et non restitués) au lieudit des « Quatre-frères » contribue à accréditer la mise en scène de l’inhumation de la Famille impériale. Ils ont été apportés là pour faire croire à cette thèse, mais à trop en faire on arrive à l’effet inverse. En tous les cas, cette abondance d’effets ayant appartenu aux membres de la Famille impériale est en totale contradiction avec les témoignages de ceux qui les ont accompagnés ou qui les ont vus se rendre dans l’entresol de la maison Ipatief.

Avant Sokoloff, deux enquêteurs militaires ont mené des investigations minutieuses. Il s’agit d’Alexandre Nametkine et d’Ivan Serguieef. Tous les deux ont très vraisemblablement été assassinés par les Blancs, dès lors que leurs conclusions n’allaient pas dans le sens voulu par le camp de l’amiral Koltchak, chef du gouvernement provisoire, qui a fait confier, par son ministre de la Justice Starankévitch, l’enquête à Sokoloff.
Nametkine a mené au lieudit des « Quatre-frères » des recherches en présence d’officiers blancs et de proches des Romanof et il a procédé à un état des lieux minutieux de la maison Ipatief (Sokolof l’a repris intégralement dans son rapport). Pourtant, il a été dessaisi le 7 août 1918, soit seulement 3 semaines après les faits. Il a été remplacé par Serguieef qui fera part de sa conviction lors d’une interview donnée en décembre 1918 : « …La Famille impériale n’a pas été assassinée dans la maison Ipatief, contrairement aux deux laquais, à la femme de ménage et au docteur… ». Quelques semaines plus tard, avant de disparaître, il recevra l’ordre de remettre l’intégralité du dossier d’enquête au juge Sokoloff.

Il est assez singulier d’observer que le public connaît peu ou pas du tout l’enquête de ce juge fonde pourtant la version du massacre de la Famille impériale dans la maison Ipatief. Cette enquête est à l’évidence une imposture dont tout le monde s’est satisfait, mais elle n’a pas servi la vérité, ni l’Histoire.

Avant de voir ce qui a pu se passer dans la maison Ipatief, nous verrons comment Sokoloff a désigné le meutrier des Romanov, ainsi que son commanditaire : c'est inoui !

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Re: Les filles du Tsar Nicolas II ont-elle survécu au drame ?

Messagede elie durel » Ven 08 Jan 2010 15:19:09

Bonne et heureuse année aux visiteurs qui s'intéressent à la fin des Romanov.

Dans mon message précédent, j'ai brièvement évoqué l'enquête du juge blanc Nicolas Sokoloff mort et enterré à Salbris (Loir-et-Cher, France). Ses conclusions fondent le massacre de la Famille impériale et des serviteurs dans la maison Ipatief au cours de la nuit du 16 au 17 juillet 1918 et la sublimation des corps par le feu et l'acide au lieu-dit des Quatre-Frères. Pour avancer cette "vérité" (le prince Orloff a fait graver cette épitaphe sur le tombe du juge assassiné : "Ta Vérité est la vérité éternelle"), le juge a identifié ainsi l'assassin (Yourovski, le commandant de la maison Ipatief) et son commanditaire (Lénine).
Alors que les terrassiers procédaient à des fouilles gigantesques (financées principalement par la mère de Nicolas II), de son oeil valide (il était borgne depuis un accident de chasse) Sokoloff a découvert dans l'herbe des coquilles d'oeufs. Il a aussiôt fait le lien avec les oeufs commandés par Yourovski le lundi matin (les Romanofs et les serviteurs ont disparu dans la nuit du mardi au mercredi) aux soeurs du couvent. Le juge découvre aussi des feuillets d'un carnet d'infirmier militaire "souillés d'excréments" (sic). Il se trouve qu'environ 4 ans auparavant Yourovski aurait fait un stage d'infirmier militaire. Pour Sokoloff, ces deux indices le désigne comme étant le meutrier des Romanov et accréditent la thèse du massacre dans la maison Ipatief.
Comme la chance sourit au juge, il découvre aussi des fragments d'un journal daté de la mi-juin 1918, lui aussi "souillé d'excréments". Cette fois l'usager en est pour lui Golostchekine, le commissaire militaire pour tout l'Oural, qui s'est effectivement rendu à Moscou le 2 ou le 3 juillet. Pour le juge, il en est revenu avec l'ordre de Lénine de liquider la Famille impériale. Durant près de deux semaines, Golostchekine a conservé sur lui ce journal compromettant pour en faire le même usage que l'assassin !!!! Rappelons que nous sommes dans l'Oural, environs 9 mois après les faits.
Voilà la réalité historique imposée à titre posthume par le juge Sokoloff et sur laquelle repose la version du massacre dans la maison Ipatiev. Convainquant ? Qu'aurait conclu un tribunal avec de telles "preuves" ?
Alos qu'il avait lu le livre du juge, il va sans dire que dans sa fameuse note écrite sous la dictée du KGB et publiée en 1934, Yourovki n'a absolument pas évoqué ces "preuves", même s'il a assumé le fait d'être l'assassin, ce qui est très peu probable (il a tué les serviteurs, mais pas les Romanov dont il était chargé de la protection).

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Messagede Jean R » Ven 08 Jan 2010 19:00:38

Bonjour,

elie durel a écrit: il va sans dire que dans sa fameuse note écrite sous la dictée du KGB et publiée en 1934.
Petit anachronisme : à l'époque c'était le NKVD (voire le GPU, c'est cette même année que le nom a changé).

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Re: Les filles du Tsar Nicolas II ont-elle survécu au drame ?

Messagede elie durel » Dim 10 Jan 2010 20:48:21

Bien vu. J'ai sans doute eu tort de vouloir faire simple en mentionnant un sigle mieux connu du public que le NKVD et autres. En tout état de cause il s'agit toujours de la police secrète. Ancêtre de la Tchéka, le KGB date effectivement de 1954 et a été modifié en 1991.

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Re: Les filles du Tsar Nicolas II ont-elle survécu au drame ?

Messagede elie durel » Lun 11 Jan 2010 20:53:19

Dans mon livre "L'autre fin des Romanof et le prince de l'ombre", j'ai analysé les faits tels qu'ils ressortent des seuls témoignages existants. Ma conviction est qu'il y a eu mise en scène, ce qui confirme mes sources.

Si l’on analyse objectivement et sans a priori tout ce qui a trait à la version du massacre collectif de la Famille impériale et des serviteurs dans la maison Ipatief, force est de constater qu’elle n’est pas probante. Les conclusions des premiers enquêteurs, les premiers avis et communiqués officiels font état d’une possible mise en scène ou, pour le moins, émettent des doutes ou ne tranchent pas.
L’émotion (voulue et toujours actuelle) suscitée par l’évocation d’un massacre d’enfants dans des conditions terribles et les reconstitutions cinématographiques sont très certainement plus persuasives (souvent inconsciemment) que les éléments objectifs pour accréditer le massacre des Romanov dans la chambre jaune (parquet peint en jaune et papier peint à dominante jaune).

Au départ, la thèse du massacre vient de Koutouzov, l’adjoint au procureur public d’Ekatérinenbourg, qui aurait appris du citoyen Fiodor Gorchkov que le tsar et toute sa famille auraient été assassinés dans la maison Ipatief (dans les appartements et non dans l’entresol). Ce dernier aurait dit tenir cette révélation de l’enquêteur Tomachevski qui l’aurait appris d’un témoin oculaire ou d’un proche des autorités soviétiques.
Ce bref témoignage de troisième ordre constitue la trame sur laquelle Sokoloff a brodé sa version. Il servira aussi à fonder la survivance de la grande-duchesse Anastasia.
« Toute la famille fut rassemblée dans la salle à manger où on leur annonça qu’ils allaient être tous fusillés. Peu après, les « Letts » tirèrent et toute la famille s’écroula. Après quoi, en vérifiant que tout le monde était bien mort, des gardes s’aperçurent que la grande-duchesse Anastasia vivait encore. Lorsqu’ils la touchèrent, elle poussa un cri horrible. On lui donna un coup de crosse sur la tête et elle fut percée de trente-deux coups de baïonnette.»

Il convient aussi de noter que personne, en dehors de Yourovky et de ses tchékistes (et peut-être de Paul Medviedef), n’a eu la possibilité d’identifier les cadavres évacués de la maison Ipatief, ce qui est pour le moins étrange. En effet, officiellement c’est le peuple, à travers les gardes rouges, qui a jugé, condamné et exécuté les Romanov dans la maison Ipatief.

Si l’on se réfère aux témoignages connus, les membres de la Famille impériale et les serviteurs n’avaient pratiquement rien pris avec eux pour descendre à l’entresol. Or, si l’on se réfère à la quantité considérable d’objets et d’effets vestimentaires retrouvés sur le lieu de l’inhumation présumée (les Quatres-Frères) par les enquêteurs, par les curieux et même par Sokoloff et si l’on y ajoute ceux qui n’ont pas été restitués ou qui ont été brûlés pour faire croire à l’incinération de corps, il est patent que la plupart ont été transportés là en dehors de leurs propriétaires.
L’utilisation de drap et de coupons de toile militaire pour envelopper les corps sans permettre leur identification laisse sérieusement à penser que de faux cadavres ont été fabriqués pour tromper les gardes rouges qui ont observé la scène du chargement dans le camion (sa puissance permet aussi de s'interroger) et qui ont ensuite raconté ce qu’ils ont vu à leurs camarades. Ce sont leurs témoignages qui étayent la version du massacre de la Famille impériale. Faire sortir les Romanov dehors pour se rendre dans l’entresol, alors qu’un escalier intérieur existe, relève du même stratagème pour leurrer les sentinelles extérieures afin qu’elles témoignent en conséquence.
La volonté évidente de ne pas permettre l’identification des corps est aussi anormale que suspecte. Alors que tout a été fait pour montrer à l'extérieur que la Famille impériale était au complet dans les heures qui ont précédé sa disparition, pourquoi ne pas montrer leurs cadavres pour lever les doutes ? Si Yourovski a ordonné que les gardes extérieurs (non témoins des faits - seuls des tchékistes l'ont été) nettoient la chambre où ont été assassinés les 4 serviteurs, c'étaient uniquement pour que la vue du sang étaye leur conviction que les Romanof avaient été tués là.

A l'examen de la scène du crime, les premiers enquêteurs ont tous fait le même constat : beaucoup moins de 11 personnes ont été tuées dans la chambre jaune. Même Sokolov a été embarrassé. Le nombre d’impacts et la quantité de sang (du sang de porc aurait été ajouté par la suite !) ne cadraient pas. Sur les 16 impacts relevées dans la cloison (plus une en dehors), 12 étaient concentrées dans un rectagle de 0,50 m X 1,30 m et 9 d'entre elles étaient ourlées de sang. Le bas de ce rectangle se situait à 0,20 m du plancher et le haut à 0,75 m. Cela rend absolument invraisemblable la possibilité que 11 personnes aient été fusillées devant cette cloison. Ces indications ont été minutieusement relevées par l'enquêteur précédent Sokoloff qui les a reprise dans son rapport d'enquête.

Nous verrons qu'il y a aussi eu mise en scène dans les bois des Quatre-Frères où il y a eu un simulacre d'ensevelissement des Romanov.

Elie Durel


Élie DUREL auteur de : « L’autre fin des Romanof et le prince de l’ombre » aux éditions Lanore (France) 2009 :sm2: – « Mémoire d’un résistant » chez Gestes éditions (France) - « L’histoire d’un conscrit de 1913 » aux éditions Ouest-France – « Les amants du Val de Loire » chez Geste éditions.
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Re: Les filles du Tsar Nicolas II ont-elle survécu au drame ?

Messagede elie durel » Mar 19 Jan 2010 20:28:25

Il est intéressant de noter Yourovski (le tchechiste commandant la maison Ipatief) a fait nettoyer, par les gardes extérieurs, la chambre jaune où ont été assassinés les quatre serviteurs. Une majorité de ces gardes s’interrogeaient sur le sort réellement réservé aux Romanof. Il aurait été facile de les « rassurer » en leur montrant les cadavres, mais comme il n’y en avait pas il fallait trouvait de le moyen les conforter dans l’idée qu’ils avaient été tué. Il n’y avait absolument aucune raison de leur cacher ce meurtre. Si certains d’entre eux avaient bien pu compter le nombre de « paquets » jeté par les tchékistes sur le plateau du petit camion, ils pouvaient douter faute d’avoir identifié les victimes. Yourovski a alors l’idée de leur faire tous nettoyer la chambre pour que la vue du sang (peu abondant) renforce l’affirmation qui leur a été faite. Il n’y aucune autre explication rationnelle à ce grand nettoyage collectif.

Au sujet du sang, je ne peux m’empêcher d’évoquer le témoignage d’un certain Valentin Speranski, ancien professeur à l’Université de Saint-Pétersbourg, qui a écrit en 1928 « La maison à destination spéciale ». Ce livre est le résultat d’une enquête personnelle menée au printemps 1924 à Saint-Pétersbourg et dans ses environs. Dans la préface, il écrit : « Presque six ans après l’assassinat de la Famille impériale, j’ai examiné le lieu de l’atroce évènement… ». Puis encore : « Après avoir regardé le jardin Ipatief, je commençai à examiner attentivement la cour attenante. Sur les dalles noires, les assassins ont traîné les corps encore tièdes de leurs victimes. Sur le sol légèrement incliné a coulé le sang de onze martyrs. Après six ans, les traces du crime ont disparu, si ce n’est sur les marches du perron où j’ai remarqué à la loupe, les traces non équivoques d’une teinte rougeâtre, demeurée, malgré le temps, dans certaines rainures… ». Et oui, 6 ans après, ce professeur aurait décelé des traces de sang. Il est vrai qu’il n’était pas professeur de biologie. L’on voit ce à quoi peut conduire la simple évocation d’un « atroce évènement ».
C’est bien sur cet aspect émotionnel que la version du massacre de la Famille impériale se trouve entretenue. Yourouvki a exploité ce côté émotionnel : voir et essuyer le sang des Romanof, vous pensez !
Les quatre vrais cadavres et sept ballots garnis de vêtements, lingerie et objets divers ont été acheminés par le tchékiste Ermakof au lieu-dit des Quatre-Frères pour être jetés dans un puits de mine. Ermakof (le commissaire militaire pour le district de Verhk-Isetst) a la malencontreuse idée (pour répandre la nouvelle de la mort des Romanof afin de protéger leur fuite) de faire prévenir ses hommes. Ils se sont rendus en nombre sur le lieu de l’inhumation. En apprenant cette initiative intempestive, Yourovski s’est précipité aux Quatres-Frères. Il lui a fallu beaucoup de « persuasion » pour écarter les curieux qui, en aucun cas, ne devait identifier les victimes. A partir de là, Yourovski va s’évertuer à rendre méconnaissable les quatre corps et à faire brûler sept les « ballots ». Comme il sait très bien que des corps ne peuvent être détruits entièrement par le feu, pendant trois jours et trois nuits il va charrier les cadavres des malheureux serviteurs pour décourager les curieux devenus très curieux. Le récit qu’il fait de ces péripéties dans sa note publiée en 1934 est aussi abracadabrantesque qu’invraisemblable. Manifestement, Yourovski (le proche du prince Orloff) a donné beaucoup de sa personne pour protéger la fuite des Romanof qui aurait été compromise si le subterfuge avait été découvert.

Par ailleurs, la quantité d’objets (icônes, ustensiles de toilette, cadres pour photos, flacons…) et de restes de vêtements répertoriés par le juge Sokoloff (sans ce qui a été conservé par les curieux venus aux Quatre-Frères) est en total contradiction avec les témoignages de ceux qui ont vu les Romanof et les serviteurs se rendre dans la chambre jaune. Il est à noter que le Tsarévitch portait des chaussures orthopédiques renforcées, aucune trace n’a été retrouvée malgré des fouilles plus que minutieuses.
Les seules découvertes humaines faites au lieu-dit des Quatre-Frères ont été un dentier et un doigt sectionné clairement attribué au docteur Botkine (le médecin personnel de l’Impératrice) qui lui a bien été assassiné dans la maison Ipatief. Pourtant, le juge Sokoloff dira qu’il s’agissait de celui d’Alexandra dès lors qu’il été manucuré.

En conclusion, sur la base des seuls témoignages dont nous disposons, il est vraiment impossible de conclure au massacre de la Famille impériale dans la maison Ipatief, bien au contraire.
Mon sentiment est que la seule évocation d’un massacre aussi odieux (des femmes, des enfants) suffit à accréditer la version encore communément répandue.

Elie Durel


Élie DUREL auteur de : « L’autre fin des Romanof et le prince de l’ombre » aux éditions Lanore (France) 2009 – « Mémoire d’un résistant » chez Gestes éditions (France) - « L’histoire d’un conscrit de 1913 » aux éditions Ouest-France – « Les amants du Val de Loire » chez Geste éditions.
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Re: Les filles du Tsar Nicolas II ont-elle survécu au drame ?

Messagede elie durel » Jeu 21 Jan 2010 19:56:09

Après avoir évoqué l'enquête aux conclusions préétablies du juge Sokoloff et avoir mis en évidence les mises en scène du pseudo massacre de la Famille impérial dans la maison Ipatief et du pseudo ensevelissement des corps au lieu-dit des Quatre-Frères, faisons un peu mieux connaissance avec Sokoloff.
Nicolas Sokoloff est né le 21 mai 1882 à Moskhane. Il était de taille moyenne, maigre et légèrement voûté. Son teint pâle mettait en évidence son regard sombre et sa moustache assez épaisse sur une lèvre un peu lipeuse. Borgne à la suite d’un accident de chasse, il ne fixait jamais son interlocuteur qui ressentait un certain malaise devant ce personnage étrange. Son œil valide était d’un noir de jais et celui en verre curieusement fendillé. Ses gestes trahissaient une grande nervosité. Il avait des tics, comme cette manie de passer ses doigts dans ses cheveux très bruns et clairsemés qu’il ébouriffait ce qui lui donnait un air ahuri.
Sokoloff a enseigné le droit à Kharkov en Ukraine (la Petite Russie) avant de devenir enquêteur judiciaire pour les affaires de particulière importance.
Il avait la réputation d’un homme courageux et intègre et celle d’un enquêteur doué.
Il a pris l’orientation de juge d’instruction pour participer à la répression des exactions commises dans sa région par des soldats déserteurs de l’Armée rouge en guerre contre l’Allemagne.
Ultra monarchiste, nationaliste et fervent partisan de l’ordre établi de droit divin, Sokoloff n’a pas admis l’abdication de l’empereur Nicolas II. Il était convaincu de la restauration du tsarisme et voulait absolument y contribuer.
Selon ses dires, il aurait décidé de quitter seul sa région natale en abandonnant maison et famille pour voler au secours de son Tsar emprisonné à Ekaterinbourg. Déguisé en paysan, il aurait fait le trajet à pied et en charrette (environ 2000 km !).
Le prince Orloff, haut responsable de la police secrète tsariste, disposait d’un réseau d’agents particulièrement dense pour assurer la protection dans cette région du sud de la Russie où vivait l’impératrice douairière, mais aussi sa propre femme (il s’est marié à Haraks en Crimée en avril 1917 et leur première fille y est née en mars 1918) et où la Famille impériale se rendait en villégiature.
D’une façon ou d’une autre, il connaissait le juge, au moins de réputation.
Devant le fiasco de la tentative d’évacuation des Romanof vers l’Allemagne qui a mal tourné, le camp des contre-révolutionnaires devait d’urgence accréditer une version officielle de leur mort (à une exception). Les premiers enquêteurs écartés ou plutôt éliminés pour incompatibilité de leurs conclusions avec la thèse voulue par les Blancs, Sokoloff est apparu l’homme de la situation, tant en raison de ses convictions monarchistes que de sa réputation professionnelle ; en plus, il était un juge civil ce qui était censé lui donner l’apparence d’une totale indépendance vis-à-vis du pouvoir militaire de l’amiral Kolchak, chef du gouvernement provisoire blanc.
C’est donc sur la base d’un scénario préétabli que Sokoloff a été missionné pour aller enquêter et procéder à des fouilles aussi gigantesques qu’inutiles à Ekatérinbourg. Là, alors qu’il avait une peur panique (à la moindre alerte, il voulait s’enfuir vers Omsk avec ses valises et les militaires le retenaient de force) d’être capturé par des bolchéviques qui rôdaient dans les bois où il menait ses vaines recherches, il s’est marié avec une très jeune fille le 20 juin 1919. Moins de 15 jours plus tard, la ville était reprise par les Rouges. Ce mariage qui constitue une information inédite est pour le moins surprenant.
Après des péripéties, le couple Sokoloff est arrivé à Paris en début d’année 1920 et ont résidé à l’hôtel ‘Le Bon La Fontaine’ où leur première fille Natacha est née. Auprès du juge se trouvait : son secrétaire et garde du corps Paul Boulyguine (ancien chef de la garde personnelle de l’Impératrice douairière qui s’est exilé au Paraguay où il a été assassiné d’un coup de pistolet !!!) – le Suisse Pierre Gilliard (le précepteur du tsarévitch et « l’otage » d’Orloff) et le journaliste anglais Robert Wilton (agent secret au service des Américains). Ces quatre hommes avaient comme occupation celle d’écrire chacun un livre sur la fin des Romanof en restant fidèle à la version du juge.
Les Sokoloff et leur bébé ont ensuite été hébergés dans la propriété familiale du prince Orloff à Fontainebleau (son grand-père a été ambassadeur de Russie en France avant la Grande-Guerre). Ensuite, ils ont rejoint Salbris (Loir-et-Cher) où Orloff a acquis le château du Buisson-Luzas puis le juge une maisonnette qu’il ne connut que quelques semaines avant d’être assassiné (il n’est pas mort d’une crise cardiaque comme annoncé officiellement et c’est le prince qui a déclaré le décès en commentant une bévue (nous y reviendrons).

La mairie de Salbris détient la petite fiche transcrite (je n’ai pu intégrer l’original) ci-après et signée par Natacha, la fille du juge. Il est fait état du maire Roger Corrèze que j’ai bien connu (alors, il était aussi député et premier questeur à l’Assemblée nationale). S’agissant le prince Orloff, il est intéressant de noter que les informations sont inexactes : le couple Sokoloff n’est pas parti avec Orloff - l’épouse du prince n’était pas avec lui (elle se trouvait en Crimée et elle a rejoint Berlin sous la protection des troupes allemandes qui évacuaient la région) et leur fille Irène (la seconde Xenia est née en mars 1921 !!!) était avec sa mère.
Les maigres informations concernant le prince Orloff sont donc fausses, c’est dire l’opacité qu’il entretenait autour de lui.
Quant aux « certains Russes », il s’agissait pour la plupart d’agents secrets chargés de la protection d’Orloff : ils n’ont pas empêché l’assassinat du juge, à moins que…
A première vue, rien ne justifiait ce meurtre. La fille du juge a maladroitement dénié cette hypothèse tout comme le voyage de son père aux États-Unis et elle a tenté en vain de récupérer ses archives confisquées à sa mère par Orloff.
Il est intéressant de noter que la femme de Sokoloff n’a jamais retrouvé l’acte de mariage que seul son mari détenait comme un secret et que son unique pièce d’identité était un livret de famille établi par le maire de Salbris…

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Une famille russe à Salbris

Dans le cimetière de Salbris, une tombe très bien entretenue, portant une double inscription en langue russe et en langue française, intrigue les visiteurs. On peut lire :

Nicolas Sokoloff
Né à Mokshane en 1882
Décédé à Salbris le 23 novembre 1924
Juge d’instruction du tribunal d’Omsk
À qui fut confiée l’enquête sur l’assassinat de la famille impériale russe

Grâce à sa fille Natacha et à l’intervention de notre maire, Monsieur Roger Corrèze qui a bien connu la famille, il a été possible de reconstituer la suite des évènements, touchant à la fois la grande Histoire et notre histoire locale.
Suite à la Révolution russe et à l’avance bolchévique, Nicolas Sokoloff et son épouse avaient quitté la Russie et étaient arrivés à Paris en 1920. Ils étaient partis avec le prince Orloff, la princesse son épouse, née Romanov, nièce du tsar et ses deux filles.
Un an plus tard, le prince Orlof acheta à Salbris la propriété du Buisson Luzas et la famille Sokoloff une petite maison route de Pierrefitte.
Natacha raconte :
À titre personnel je voudrais parler de l’accueil des Salbrisiens pour cette famille et même pour tous les Russes qui venaient à Salbris.
Tout d’abord à la mort de mon père, un prêtre orthodoxe était venu de Paris pour ses obsèques. Monsieur le curé nous a prêté son église, assista aux obsèques et accompagna la famille jusqu’au cimetière ; il n’y avait à l’époque pas d’œcuménisme.
Maman m’a dit que tout le village était présent et que tous les commerçants avaient fermé leur magasin. J’ai des extraits de presse russe pouvant le confirmer.
Maman, jeune veuve de 23 ans avec deux enfants (15 mois et 4 ans), seule en France, sans famille, n’a jamais passé une « veillée » seule pendant un an, jusqu’à son départ pour Paris, pour travailler.
Tous les jours un voisin venait près d’elle pour puiser de l’eau, scier du bois, allumer la cuisinière, une voisine lui faisait sa lessive.
Lorsque nous revenions pour les grandes vacances, nous trouvions toujours notre petite maison propre, et sur la table des fleurs, des fruits, des légumes, une volaille, tout cela gracieusement.
Je remercie les familles Beaulande, Laleul, Monan, Marcos…et j’en oublie certainement.
Certains Russes vivaient à l’hôtel du midi, d’autres louaient des chambres chez l’habitant, mais nous nous retrouvions tous rue de Pierrfitte et toujours avec des chansons, et tout le monde avait l’air heureux de nous voir.
C’est pourquoi la Sologne et Salbris auront toujours une place de choix dans mon cœur. Sentiment partagé par ma mère qui s’est toujours opposée à la demande de la colonie russe de Paris, de transférer mon père au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois, car mon père avait choisi la Sologne en souvenir de son pays.

Signé : Natacha Rullon-Sokoloff

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Élie Durel

Élie DUREL auteur de : « L’autre fin des Romanof et le prince de l’ombre » aux éditions Lanore (France) 2009 – « Mémoire d’un résistant » chez Gestes éditions (France) - « L’histoire d’un conscrit de 1913 » aux éditions Ouest-France – « Les amants du Val de Loire » chez Geste éditions.
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